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LE FLN FUT TERRORISTE

Mme Nicole Guiraud a perdu un bras en automne 1956 à la suite d’un attentat commis par le FLN au Milk-Bar à Alger. Elle a été invitée à témoigner au 7ème Collogue de l’Association Française des Victimes du Terrorisme à Paris. Fureur du FLN algérien qui craint d’être ainsi stigmatisé comme une organisation terroriste. Il a donc fait donner quelques associations satellites pour dénoncer l’invitation de Mme Guiraud.
A cette occasion, il est intéressant d’examiner l’argumentation employée par le FLN et ses sympathisants pour nier le caractère terroriste de son activité durant la guerre d’Algérie. Mme Flici, secrétaire générale de l’ONVT (Organisation Nationale algérienne des Victimes du Terrorisme) reproche à l’association française de ne pas faire de « distinction entre le terrrorisme et les actions de lutte pour la libération du peuple algérien du colonialisme criminel et barbare « . Un peu auparavant, elle avait écrit dans son communniqué: « En tant que fille de chahid (cad de combattant du FLN tombé au combat) je n’accepterai jamais qu’on cite le FLN comme organisation terroriste alors que la lutte armée durant la guerre de libération était sacrée et noble… »
IL Y A LA UNE CONFUSION CARACTERISTIQUE.

Je ne pense pas personnellement que la lutte du FLN était sacrée et noble. Mais peu importe en l’occurrence. Cette dame, elle, le croit. Il n’en demeure pas moins que son raisonnement repose sur un syllogisme grossier: La cause était sacrée et noble DONC les moyens utilisés ne peuvent pas avoir été ignobles. On pourrait sourire si la matière n’était grave. Car, la plus sacrée des causes (et celle du FLN reste ouverte à bien des contestations de ce chef) sera ,en tout état de cause, discréditée par le recours au Mal.
En d’autres termes,la fin ne justifie pas les moyens.
Il y a belle lurette que cette thèse a été réfutée dans notre vieille Europe par tous ceux, écrivains, prêtres, théologiens, philosophes qui se sont préoccupés de morale…….
Albert Camus leur a jadis prêté sa voix: « Quelle que soit la cause que l’on défend, elle restera toujours déshonorée par le massacre aveugle d’une foule innocente où le tueur sait d’avance, qu’il atteindra la femme et l’enfant. »
Nicole Guiraud est donc l’incarnation vivante du déshonneur du FLN. On comprend dès lors qu’il ne soit pas content.
Ceci est difficile à saisir par les soutiens du FLN. Il s’est même trouvé un allemand (dont il vaut mieux oublier le nom) pour juger inévitables les actions terroristes contre les Européens pendant le conflit algérien. Selon lui, la majorité de cette population soutenait le colonialisme; il était donc justifié de s’en prendre à elle. Laissons ce malheureux à ses horribles divagations.
Une certaine Mme Benhabylès, ex-ministre algérienne, a également publié un communiqué sur le même sujet. Elle, s’insurge: « Ils qualifient, dit-elle « nos résistants et moujahidines de terroristes« .
Or, le tueur qui sait d’avance qu’il atteindra la femme et l’enfant, et agit ainsi peut bien être appelé « résistant » par des idéologues, il reste un tueur.
La même dame pose plus loin une étrange question: « Dit-on de Jean Moulin qu’il était un terroriste? »
Non, évidemment, car J. Moulin n’a jamais commandé d’attentat comme ceux du Milk Bar, de la Cafétéria ou comme le massacre de Mélouza. La Résistance française a commis des erreurs. Elle n’a jamais eu recours au terrorisme en faisant périr sciemment des civils innocents visés en raison de leur origine ethnique ou religieuse.
JEAN MONNERET
1er août 2011

Hors-la-loi

Bis repetita placent.
Bis repetita placent. Le 22, je me suis rendu dans le premier cinéma venu. Certains ont enregistré quelques différences avec la version qui fut présentée en mai et juin. J’avoue qu’à quelques détails près, ceci me semble peu important.
A tête reposée, sans tension particulière, j’ai noté des remarques supplémentaires. Je ne reviens pas sur ce que j’ai dit dans mon livre concernant les erreurs historiques relatives aux événements dans Sétif le 8 mai 1945. Nous sommes devant des mensonges purs et simples.

Remarques :
1°/ Le fait que les personnages parlent très souvent arabe n’a évidemment rien d’anormal, sauf pour toute la partie qui se déroule en France, il faut rappeler en effet que les militants de la Fédération du FLN étaient massivement kabyles. Ne pas entendre un seul mot de berbère dans tout le film indique donc une indifférence bizarre au réalisme des situations. D’autant plus que le dialecte utilisé par les 3 acteurs principaux est fortement teinté d’expressions et de tournures marocaines. Ce point échappera à bon nombre de spectateurs mais l’on serait curieux de connaître les réactions en Algérie.
2°/ Tous les personnages sont caricaturaux. Les Français bien sûr, mais aussi ce qui est plus curieux les héros FLN de l’histoire. Il est étrange et même pénible de voir Debbouze (d’ailleurs le seul à tirer son épingle du jeu) donner malaisément de multiples accolades à Roschdy Zem qui le dépasse de 3 têtes. Quant à Abdel Kader le militant chef de réseau, il ressemble à Trotsky et il raisonne comme un fanatique borné ce qui, après tout, correspond au personnage sinon aux intentions du metteur en scène.>
3°/ Les situations sont irréelles. Je doute sérieusement que le bidonville de Nanterre ait vu passer tant de travailleurs immigrés en chapeaux mous. Des clandestins ainsi accoutrés ne seraient pas restés clandestins longtemps et la Guerre d’Algérie n’aurait pas duré 8 ans.
Le chef FLN clandestin se présente à tout bout de champ chez son frère, propriétaire d’un cabaret et d’une salle de boxe. Là aussi, dans la réalité, la police française l’aurait rapidement mis à l’ombre.
Le réalisateur n’a aucune idée des contraintes de la clandestinité et l’on voit vingt fois les militants s’appeler au téléphone et donner leurs consignes en clair.
Autre perle : un groupe de commandos du FLN se rend en Allemagne pour y acheter des armes. Ils reviennent en France et franchissent la frontière, en les transportant dans deux autocars et bien gentiment assis sur leurs fauteuils pullman. Tout le film est parcouru de ce genre d’invraisemblances criantes.
4°/ Le jeu des acteurs est très faible (sauf J. Debbouze qui semble avoir un réel talent). La mise en scène est simpliste, les décors médiocres.
Il ne se dégage de ce film aucune émotion. Il n’y a pas de souffle. La confusion est constante. La périodisation affichée est insuffisante parfois incompréhensible. Les erreurs sont légion (De Gaulle est présenté comme le Président du Conseil (ce qu’il a été en 1958) alors que la scène se déroule en 1960 etc…). Bref, si ce film devait mériter un prix, et comme il dure 2 bonnes heures, ce devrait être celui du navet le plus long.
JEAN MONNERET
27 septembre 2010

La these de Gilbert MEYNIER sur l’origine des massacres du 5 juillet à Oran

La these de Gilbert MEYNIER sur l’origine des massacres du 5 juillet à Oran est surprenante. Il ne fait en réalité que reprendre ce qu’avait déjà avancé à ce sujet un journaliste du Figaro aujourd’hui disparu, il y a trois décennies. Pour ma part, je n’ai jamais cru a la culpabilité de tireurs de l’OAS dans cette affaire. Je n’ai jamais cru non plus à un complot de l’Armée des frontières et des benbellistes qui aurait résulté en un massacre des Européens.
Un historien se penche sur des faits établis. C’est fort loin d’être le cas ici. Meynier admet qu’il n’a aucun document en l’espèce. Pourquoi nous resservir alors la vieille thèse complotarde fumeuse du tandem Ben Bella -Boumedienne montant une provocation pour assurer ensuite son emprise sur Oran?
J’ai réfuté cette « analyse » dans mon livre. Le professeur Meynier l’a-t-il seulement lu? Il confond en outre la fusillade du 26 mars à Alger et le massacre du 5 juillet à Oran. Mauvais début. Il place en outre la rue d’Isly à Oran. Passons.
La thèse de la provocation repose sur deux postulats arbitraires : le premier que le FLN d’Oran était favorable au GPRA et hostile à Ben Bella et à Boumedienne; rien ne le démontre sérieusement. Le second que l’ALN dite «  des frontières » avait besoin d’un prétexte pour entrer à Oran. Tout cela ne repose sur rien en l’état actuel de nos connaissances. Quant à évoquer

des témoignages………..anonymes de surcroît!
Ce que nous savons et qui est irréfutable est qu’il régnait un climat d’hystérie dans les quartiers musulmans d’Oran. Que le FLN local était peu et mal organisé et que le « militantisme » de certains se confondait avec un certain gangstérisme (voir pages 48 à 52 de mon livre), que l’ALN « locale » et les ATO était un ramassis de gens mal formés et incontrôlés, que de nombreux manifestants sont venus en centre-ville armés et que dans une telle situation, il ne pouvait qu’y avoir du sang.
De toutes les responsabilités, la plus lourde fut celle du commandement militaire français et de son chef le général Katz qui appliquant aveuglément des directives de Paris, qu’il jugeait pourtant absurdes n’avait rien prévu pour ce jour là. Il donna à 2 reprises aux troupes françaises l’ordre de rester consignées dans leurs casernes. Ceci, je l’ai prouvé, documents à l’appui, dans mon livre La phase finale de la guerre d’Algérie.
Selon A. Peyrefitte, le général De Gaulle avait dit : « Si les gens s’entre massacrent ce sera l’affaire des nouvelles autorités, pas la nôtre. »
Les responsabilités sont là et les chercher ailleurs c’est exonérer les dirigeants français de leurs lourdes fautes.

Jeudi 31 mai 2010
La thèse de G.Meynier a été soutenue durant un Colloque du 19 mai 2009 tenu à l’Auditorium de l’Hotel de Ville de Paris. Le genre de colloque dont les historiens comme moi sont résolument exclus pour cause d’incorrection politique.

ALBERT CAMUS

Il faut se souvenir qu’Albert Camus était comme nous un fils du Soleil. De l’Algérie, il disait qu’elle était une « terre faite à son âme ». Il fut un authentique pied-noir car il aimait la Méditerranée et n’a cessé de songer à la Mort, en s’interrogeant sur le sens de la Vie et sur la Justice. Simultanément, il était porteur de cette joie de vivre, de cette faim de vivre qui caractérise beaucoup des nôtres. Souvenons-nous de la phrase qu’il utilisa pour nous décrire : « Ils ont mis tous leurs biens sur cette terre ». »
C’est vrai nous sommes ainsi mais également souvent, trés souvent, portés à la méditation, à la foi, à l’émerveillement devant le Divin, au mysticisme. Camus ne l’ignorait pas biensûr, lui qui sans être croyant, s’est senti parfois proche du Christianisme, particulièrement dans les dernières années de sa vie.

Poursuivre la lecture de « ALBERT CAMUS »

Note de Rentrée

La vérité historique a ceci de particulier qu’elle est le plus souvent complexe, difficile à saisir, ramifiée, fuyante. L’être humain pour sa part, est ainsi fait qu’il préfère et de loin, la légende à la vérité. Cette dernière lui paraît souvent terne, étroite ou, en tout cas, autre que ce qu’il imaginait.
Exemple : la légende du masque de fer. Voltaire la créa de toutes pièces (ou à peu près) afin de discréditer la monarchie. Aujourd’hui, les travaux des meilleurs historiens montrent qu’il n’y a jamais eu de masque de fer, de jumeau dissimulé de Louis XIV, ni rien d’approchant. Le prétendu masque de fer était un valet de Fouquet que l’on mit à l’ombre car sa position lui avait permis de connaître de graves secrets d’état. Il portait un loup très ordinaire pendant son transfert, ce que l’imagination débridée du maître de Ferney transforma en un masque de fer, vissé et cadenassé s’il vous plaît.
Les historiens qui ont rétabli la vérité historique risquent de faire deux victimes collatérales : l’immense littérature inspirée par la légende et la vaste profusion de films qu’elle a suscitée. Aussi y a-t-il tout lieu de penser que cette légende, fort rémunératrice, survivra aux travaux des chercheurs sauf, évidemment, dans le milieu des spécialistes où l’on ne s’en laisse pas conter, si facilement

Tâche ingrate finalement que celle de l’historien, souvent contraint de dégonfler des baudruches ou de ramener à l’analyse glacée et précise des faits les esprits échauffés!
Ainsi en fut-il récemment à la mort du célèbre porteur de valises, Francis Jeanson qui fut « saluée », dans nos milieux, par des notations approximatives sur son action et sur sa biographie. Pour rester bref, il est assez schématique de dire que Jeanson était communiste. Ce serait oublier qu’il était en conflit avec le PCF sur le sujet de l’aide directe au FLN. L’activité pro-terroriste de Jeanson se fit par opposition à celle du PCF.
Il est vrai qu’en 1945, Jeanson aurait été journaliste à Alger Républicain. Cependant, il est effectivement connu comme un philosophe existentialiste proche de Sartre. En 1960, lorsqu’il organisa ses réseaux d’aide aux rebelles, il était un radical révolutionnaire d’extrême gauche. C’est dans un esprit de surenchère vis-à-vis du PCF, qui à ses yeux, n’aidait pas suffisamment le FLN, qu’il se lança dans son entreprise.
Le Bureau Politique de la Place Kossuth tenait ces groupes pour provocateurs (fidèle en cela à sa « logique » stalinienne). Certes on objectera, et on aura raison, que ces divergences sur l’aide directe au FLN, n’étaient que de caractère tactique. Stratégiquement, le PCF comme Jeanson étaient tous deux favorables à l’indépendance de l’Algérie.
Il est hors de question ici de retracer l’ensemble des conflits qui ont opposé le FLN et ses amis au PCF et à sa filiale algérienne le PCA. L’histoire de ce dernier reste à écrire. Il est important toutefois de tenir compte de la complexité des faits historiques.
Je conclurai par cette notation rapide : en aidant le FLN, les porteurs de valises se sont faits les complices de criminels. Or, il est finalement réconfortant de constater qu’en dépit d’une grande complaisance médiatique, l’appellation porteurs de valises reste marquée d’une connotation péjorative. L’opinion a senti confusément que malgré leurs efforts pour enjoliver leur passé, ces gens ont mal agi. La gauche française officielle, malgré sa conversion à l’anticolonialisme le plus primaire, les a d’ailleurs plutôt tenus à distance

Le difficile bilan des massacres du 5 Juillet 1962

Il est tragique que sur certains sujets graves, n’importe qui aujourd’hui puisse prendre la parole pour dire n’importe quoi. Une récente déclaration d’un ministre à propos de la Guerre d’Algérie, illustre ce point. Mais si les média français sont tenus d’une main de fer par la caste politique et filtrent tout ce qui n’est pas conforme, une multitude de forums, de blogs, sur internet et ailleurs voit proliférer le meilleur comme le pire.
L’affaire du 5 juillet 1962 à Oran, après avoir été tenue sous le boisseau pendant des décennies, est aujourd’hui noyée sous un flot de déclarations, d’assertions, de témoignages de toute provenance et de tout calibre.
Le travail historique basé sur les témoignages et sur les archives a beaucoup de mal à se frayer un chemin entre le politiquement correct chéri du pouvoir et le déballage électronique auquel se livrent différentes personnes d’inspirations diverses et variées. Essayons d’y voir clair !
Depuis que le 8/9 juillet 1962 le correspondant du Monde reprit, sans réserve, le « bilan » de la terrible journée du 5, tel qu’il fut dressé par le FLN, nous vivons un psychodrame parfaitement surréaliste.
Le célèbre « journal du soir » reprit en effet les chiffres donnés par le docteur Naït, militant FLN alors responsable de l’hôpital d’Oran : 101 morts dont 76 musulmans et 25 européens. Depuis, des douzaines de journalistes et « d’historiens » nous ont resservi ces chiffres comme s’ils correspondaient à une quelconque réalité : Parmi eux l’ineffable Stora.
Naturellement, des pieds-noirs oranais et autres, outragés et indignés par un bilan aussi évidemment faux et réducteur ont réagi. Les témoignages sur le massacre se sont multipliés, l’ampleur des exactions a fait l’objet de dénonciations sévères et indignées dans ces milieux. Hélas ! Déplacer le curseur à l’extrême bout du cadran, et en sens rigoureusement inverse, n’a pas de justification non plus.
Une bonne occasion de ne pas faire de propagande ou de contre-propagande pour s’en tenir aux faits et aux réalités fut ainsi perdue, durant les trois décennies écoulées.
Aujourd’hui, les choses sont devenues telles que le petit nombre de ceux qui ont travaillé sur le sujet, qui ont étudié le déroulement des faits en s’efforçant d’établir un bilan sérieux sont franchement isolés. Leur bilan parait singulièrement modéré, voir « trop modéré » aux yeux de quelques uns. Entre le tsunami des chiffres extravagants d’un côté, et la minimisation outrancière à laquelle se livrent les amis du gaullisme et du FLN, la vérité peine à se frayer un chemin.
Certains ayatollahs pieds-noirs se réservent en effet de stigmatiser, voir de censurer les bilans qui ne leur plaisent pas, parce qu’à leur yeux ils sont trop faibles. Ils ne se gênent pas, pour certains, pour ajouter un zéro à divers chiffres. Ils ne comprennent pas que, ce faisant, ils rendent le meilleur des services à tous les adversaires de notre communauté, en discréditant ses revendications les plus essentielles.
Lorsque dans mon livre « La tragédie dissimulée » paru aux éditions Michalon en 2006, page 150 et 151, j’indiquai, qu’à s’en tenir aux archives militaires et aux archives du Quai d’Orsay, le bilan du 5 juillet se situait entre 365 et 453, j’ai rencontré beaucoup d’incompréhension dans notre milieu qui s’était auto-intoxiqué pendant des années.
Bien sûr, je ne faisais que montrer ce que ces archives indiquaient. Je laissais entendre que le bilan était sans doute plus lourd. Je faisais aussi clairement savoir que plus lourd ne signifiait pas 10 fois plus lourd. J’appelais discrètement à l’esprit de responsabilité.

C’est peu de dire que je ne fus pas entendu.
Je me contenterai ici de reprendre quelques idées destinées à guider les recherches et les évaluations.
1) Il n’existe pas d’archives fiables à 100% sur les morts et les disparus du 5 juillet 1962. Celles qui existent ne sauraient pour autant être négligées.
Le fond du problème est qu’en période de désordres révolutionnaires, les statistiques comme les bilans ne peuvent avoir la précision qu’ils ont en temps de paix.
2) Ceci n’autorise pas à lancer n’importe quel chiffre, de préférence élevé, dans l’idée fort naïve qu’il impressionnera. C’est l’inverse qui est vrai. Pour ceux qui nient le malheur et les épreuves des pieds-noirs, -ils sont nombreux, bien organisés et influents -, c’est du pain bénit. Les exagérations, courantes dans nos milieux, ôtent toute crédibilité à nos légitimes revendications et à la mise en cause des responsables de l’époque.
3) Depuis trente ans, j’ai observé un phénomène curieux : J’ai vu régulièrement augmenter les chiffres allégués des victimes du 5 juillet 1962.Jusqu’à décupler.
Il est temps de revenir au bon sens.
Je vais essayer d’y contribuer.
Pour cela, un petit retour en arrière est nécessaire.
Un des hommes les mieux informés sur le 5 juillet était le docteur Couniot. Non seulement, il était à Oran ce jour là, mais en outre, il demeura dans cette ville quelques années après l’Indépendance. Il mit ce temps à profit pour en savoir plus sur le déroulement et les causes de cette funeste journée. Chez lui, pas de chiffres extravagants, pas d’explications complotardes fumeuses. Or, ses contacts étaient nombreux tant chez les européens que chez les musulmans indépendantistes.
Ce médecin qui était en outre une personnalité locale respectée fut la première personne que j’interrogeai en commençant mes recherches. Il évaluait les victimes, morts et disparus à 600. Mgr Boz, également présent à l’époque à Oran, confirme avoir remarqué un certain consensus sur cette évaluation.
Le docteur Alquié avait pris l’initiative dans les jours qui suivirent le massacre d’ouvrir une permanence pour recueillir plaintes et dossiers. Il se vit remettre quelque 500 demandes. Il est vrai que ces demandes concernaient parfois plusieurs personnes. Il est vrai aussi que certaines furent libérées ou retrouvées.
Au total, le chiffre de 500 paraissait vraisemblable.
Le consul général Jean Herly se rendit auprès de Ben Bella, le 28 juillet 192, pour l’informer de l’ampleur des exactions et demander qu’on recherche les disparus. Herly avait été saisi de 448 plaintes. Une même plainte pouvant concerner plusieurs personnes, mais toutes ne concernaient pas des enlèvements. Les plaintes relatives à des biens spoliés ou à des voitures volées en faisaient partie.
D’autres plaintes furent ensuite déposées en France. Le bilan fut donc bien entendu alourdi mais peu en définitive. Au MAE, les fiches de personnes disparues à Oran le 5 sont au nombre de 417. Madame Ducos-Ader dans sa propre liste provenant entre autres des associations comme l’ASFED ou l’ADDFA en dénombre 412. A l’heure où nous écrivons ces lignes, 287 personnes victimes du 5 juillet seraient inscrites sur le mur des Disparus de Perpignan.
Au total, il apparaît raisonnable, toutes évaluations confondues, d’avancer que l’ordre de grandeur des victimes du 5 juillet 1962 à Oran, se situe dans une fourchette allant de 400 à 600.
4) Tous les chiffres précédents montrent, au risque d’en contrarier certains, que les victimes du 5 juillet se comptent par centaines et non par milliers. Telle est la vérité, dure à avaler pour ceux qui se laissent bercer par la propagande, mais vérité tout de même.
5) Or dès les années 80, ce chiffre commença à être gonflé. On affirma dans nos rangs qu’il tournait autour du millier.
A partir de 1994 j’entendis parler couramment de 3.000 morts.
Récemment, à la manifestation de Valence, quelques porteurs de pancartes ne craignaient pas d’afficher 5.000 morts pour le 5 juillet.
Encore quelques années et nous en serons à 10.000.
Il est temps d’arrêter cette fâcheuse spirale. il faut raison garder. N’imitons pas le FLN. Concernant la désinformation exercée par cette organisation à propos du 8 mai 1945 et des milliers de victimes alléguées parmi les insurgés, j’ai toujours dit, et d’autres historiens avec moi, que « la répétition inlassable de chiffres infondés n’en réduit pas l’inexactitude ».
Cela vaut pour tous les bilans de toutes les victimes, dans toutes les communautés, à toutes les époques du conflit en Algérie.
Cette position est malaisée à tenir car souvent incomprise. Elle n’en est pas moins la seule compatible avec l’honnêteté intellectuelle.

Voies et moyens de la réécriture de l’Histoire

On peut lire dans le livre de S.Thénault «Histoire de la guerre algérienne d’indépendance » des choses fort instructives.

Le titre d’abord : La Guerre d’Algérie est devenue la guerre d’indépendance. Les gens du FLN préfèrent parler de la guerre de « libération nationale ». Gageons que l’auteur n’aura pas voulu aller jusque là. Guerre d’indépendance constitue un moyen terme, révélateur. On nous précise qu’il s’agit d’une guerre « algérienne ». Que signifie au juste en français « moderne » cet adjectif ethnique ou régional accolé au mot guerre ? Il fait furieusement penser à L’Habit Vert de Flers et Caillavet où la duchesse (Elvire Popesco) demandait à quelqu’un des nouvelles de son « italien voyage ».
Mais passons sur les détails !

On lit aussi, p.248, « Le cessez-le-feu marque la fin de la guerre pour les autorités officielles (sic) des deux pays« .
Ainsi donc pour cet auteur, le « GPRA-FLN » était au 19 mars 1962 une autorité officielle ! Passons encore car il y a mieux !

Lisons donc :

p.248 :
« La situation de violence, qui perdure au delà, n’est pas de leur fait et, pour cette raison, il serait difficile aujourd’hui, pour les pouvoirs publics français, d’admettre une autre date que celle du 19 mars pour célébrer officiellement la fin du conflit. Cette conjoncture postérieure au cessez-le-feu, créée par les jusqu’au-boutistes de l’Algérie française, explique en grande partie pourquoi les accords d’Evian sont restés lettre morte pour les Français d’Algérie, contraints, dans leur immense majorité à un départ précipité, sans retour ultérieur. »

P.252 :
« S’ils fuient le climat de violence créé par l’OAS, les Français d’Algérie partent aussi par peur des réactions algériennes. Ils craignent les vengeances, enlèvements et torture, de la part de groupes armés qui agissent en se parant de la lutte contre l’OAS. Leurs actes, cependant, n’atteignent pas l’ampleur de ceux de l’Organisation. A Alger, le 14 mai, lorsque le commandant Azzedine envoie ses hommes, en petits commandos, exercer des représailles dans les quartiers européens, ils font 17 morts, au hasard. Et le bilan officiel, du 19 au 31 décembre 1962 [sic! probablement du 19 mars au…], comptabilise 3018 Français d’Algérie enlevés, dont 1245 ont été retrouvés, 1165 décédés et 608 sont restés disparus. [Une note renvoie à Daniel Lefeuvre, in Stora-Harbi, La Guerre d’Algérie, p.279]« 

« Que s’est-il passé ? Après le cessez-le-feu, les rangs de l’ALN grossissent de combattants de la dernière heure, dont les hommes venus de la force locale, appelés les « marsiens« . Auraient-ils cherché, par excès de zèle, à racheter un engagement tardif ? Toutes les exactions ne leur sont pas imputables. En réalité, les hommes de l’ALN, ceux qui prennent les armes après le cessez-le-feu comme les autres, sont mus par leur propre interprétation de l’accession à l’indépendance : Cette perspective signifie pour eux une réappropriation du pays, synonyme d’un départ des Français et de la possibilité de prendre une revanche sur 132 ans de tutelle coloniale […] Ils sont trop loin des accords d’Evian rédigés par des hommes d’Etat – ou qui se considèrent comme tels – dont la mission était d’encadrer la marche vers l’indépendance, par un accord bilatéral prévoyant un statut pour les Français d’Algérie restant y vivre, et fixant les conditions de liquidation de leur patrimoine, pour ceux qui partaient. Mais le GPRA ne contrôle pas l’ALN intérieure… »

On admettra qu’il y a ici en matière de désinformation quelques morceaux de choix.
Reprenons donc les faits d’abord, les procédés ensuite.

Première erreur : La conjoncture postérieure a été créée par les « jusqu’au-boutistes de l’Algérie Française« . Cette périphrase désigne bien entendu l’OAS. Or, il serait certes faux de nier que l’action de cette dernière a eu une influence sur la conjoncture, mais de là à affirmer, comme une vérité démontrée, que telle est la cause quasi unique de l’échec des Accords d’Evian et de l’exil « précipité » et « sans retour ultérieur » des Français d’Algérie, il y a une marge.

Thénault tient en effet pour nuls et non avenus, des faits historiques, ici, délibérément négligés par son texte.
Parmi ces faits, citons d’abord :

– L’ensemble des exactions du FLN commises postérieurement au 19 mars 1962 (Rappelons ainsi qu’à partir du 17 avril, à Oran, à Alger, dans la Mitidja et dans l’Oranie simultanément, une campagne massive d’enlèvements d’Européens fut déclenchée par des commandos du FLN).

Certes, l’auteur y fait allusion, mais de manière feutrée et en dissimulant la responsabilité du FLN. Ce dernier l’a pourtant reconnu en maintes déclarations, ou encore dans des livres de souvenirs écrits par certains de ses responsables ou partisans (cf – les livres de Si Azzedine, de Redha Malek, un article de Vincent Monteil dans Historia Magazine, etc…)

« S’ils fuient le climat de violence créé par l’OAS, les Français d’Algérie partent aussi par peur des réactions algériennes. Ils craignent les vengeances, enlèvements et tortures de la part de groupes armées qui agissent en se parant (sic) de la lutte contre l’OAS. » Inexact. Les groupes armés en question sont des groupes du FLN. Ceci est omis. (Voir les archives du SHD qui regorgent d’informations sur ce point.) Ces groupes qui sont tous passés à l’action le même jour, comme par hasard. Les groupes qui enlèvent des Pieds-Noirs au petit bonheur sont des groupes armés du FLN. Voir Si Azzedine, « Et Alger ne brûla pas » (éditons Stock), pages 217 à 231. En négligeant ce livre, en négligeant les archives militaires, en négligeant ce qui a pu être écrit déjà sur ce sujet (voir livres de Monneret et de Faivre parus bien antérieurement), l’auteur n’écrit pas mais réécrit l’histoire.
(Notons que dans la bibliographie des livres de Stora, nos ouvrages sont plus ou moins systématiquement « oubliés« . Ce fut également le cas, lors de l’émission de télé du 12 septembre sur le 26 mars 1962, rue d’isly.)

Passons sur la comptabilité erronée de S. Thénault qui se réfère à des chiffres dépassés depuis un moment déjà et qui ne tient aucun compte des recherches effectuées dans les archives du Quai d’Orsay dès 2004.
L’auteur range les enlèvements dans la catégorie des exactions imputables aux « marsiens« , ces ouvriers de la 25eme heure se faisant tardivement des révolutionnaires zélés. Nous savons nous, qu’il y avait toute une organisation de la Zone Autonome d’Alger du FLN, chargée d’opérer des enlèvements (SHD. 7u 61 pour ceux que les archives intéressent).
Nous connaissons le mot d’ordre de la Wilaya 4 : « Enlever 7 à 8 européens dans chaque localité de la Mitidja« . Mettre les enlèvements sur le compte des marsiens ne tient pas. Ce n’est d’ailleurs pas exactement ce que dit l’auteur, qui apparemment ne veut pas verser dans la propagande FLN pure et simple. Selon en effet ce qui est écrit : « Les hommes de l’ALN sont mus par leur propre interprétation de l’accession à l’Indépendance. »
Comme cela est joliment dit ! C’est à dire « réappropriation du pays« . Bel euphémisme ! En réalité, il faut comprendre confiscations, vols, intimidations diverses. Réappropriation du pays est synonyme d’un départ des Français et de la possibilité de prendre une revanche sur 132 ans de tutelle coloniale [traduction : épuration ethnique motivée par l’avidité de s’emparer des terres, des appartements, parfois des femmes des pieds-noirs].
Nous connaissons tous des exemples de ce genre, ils sont innombrables. Le cas est bien connu à Alger de cet européen, toujours porté disparu à ce jour, enlevé par des militaires du FLN et dont la villa fut occupée dès le lendemain par un officier de la Wilaya4. Les archives à Vincennes regorgent d’affaires de ce type.
On nous dira qu’il s’agissait de prendre une « revanche sur 132 ans de tutelle coloniale« … !!!

Au fond, quelles sont les méthodes utilisées dans le passage cité ? Celles de l’agit-prop habituelle consistant à grossir certains faits, à en amoindrir d’autres et à en dissimuler quelques-uns.
On notera en particulier que l’auteur néglige tous les faits établis par la recherche antérieure même appuyée par les archives. La responsabilité du FLN y apparaît en effet pour ce qu’elle est : écrasante. Mais la presse de l’époque également, Figaro, Monde compris, regorge d’informations sur les enlèvements d’Européens. Là encore, la responsabilité des commandos du FLN est aveuglante. Certes il y a eu des dérives et des groupes incontrôlés, mais leur faire porter la responsabilité essentielle des enlèvements est inexact. Pourquoi alors le FLN a-t’il refusé, GPRA compris, de désavouer officiellement ces enlèvements, avant la proclamation de l’Indépendance ?

Le silence du FLN officiel est l’aveu même de sa complicité et de sa responsabilité. Les propagandistes et les thuriféraires de ce mouvement ne changeront rien à ce fait historique.

A propos du film de J.P. Lledo. Histoires à ne pas dire et de quelques questions conjointes.

J.P. Lledo est un cinéaste de mère berbère et de père pied-noir. Les particularités de sa biographie l’ont fait citoyen algérien et c’est un choix qu’il assume. Ce choix, est-il besoin de le dire, est fort éloigné du mien. Ce qui importe ici, est de constater que, tout en se situant dans la « mouvance anticoloniale », Lledo en est venu à contester certains tabous de l’Algérie indépendante. Cela va assez loin, car il pose quelques questions très subversives sur les massacres d’Européens du 20 août 1955 dans le Constantinois, sur le 5 juillet 1962 à Oran, sur l’assassinat de Raymond Leyris (le beau-père d’Enrico Macias), immense musicien, spécialiste du Malouf, adulé des Musulmans etc. D’une manière globale, son film montre une image des rapports entre les Musulmans et les Européens d’avant 1962, qui n’a strictement rien à voir avec la propagande manichéiste, et haineuse que diffuse le gouvernement algérien depuis 46 ans. Et que ses amis français se croient obligés de relayer ici. La dernière séquence du film de Lledo est particulièrement savoureuse : elle montre des Musulmans, vivant à Oran, qui se retrouvent, après des décennies, pour évoquer la Calère où ils vécurent avec des Espagnols. Ils s’interpellent, par jeu, en pur castillan et leurs épouses, voilées, interprètent, non sans talent d’ailleurs Besame mucho puis El emigrante. C’est là un morceau d’anthologie, qui vaut son pesant d’harissa, et qui met en pièces un demi-siècle d’agit-prop. Le film de Lledo a été interdit en Algérie. On est tenté d’écrire : comme de bien entendu.
Certes, cette vision de l’Algérie est partielle et elle est, naturellement, controversée. Elle gêne néanmoins considérablement les tenants de la pensée automatique. Le Monde du 27 février reflète cet embarras et il consacre une pleine page à ce film dérangeant. La journaliste, Madame Beaugé s’est effacée devant 3 historiens : Djerbal, Harbi, et naturellement, l’inévitable Stora, le Big Brother de la recherche historique. On apprend ainsi que ce dernier a longtemps vécu en Algérie. Or l’important, ici, était d’avoir longtemps vécu en Algérie française. Sauf erreur de notre part, l’intéressé l’a quittée à l’âge de 11 ans. Passons.
Mes trois collègues se livrent dans cette page du Monde à un tir de barrage contre le film. Ils perdent ainsi l’occasion de se faire les avocats de tout ce qui permet de s’éloigner de la propagande, de souligner les nuances et les complexités de l’Histoire, de se faire ainsi, peu ou prou, les artisans du rapprochement des peuples.
L’article souligne, à propos des massacres racistes du 20 août 1955, que les fellahs misérables du Constantinois vivaient dans un « total archaïsme ». « D’où », lit-on ensuite, « des accès de violence brute sans rapport avec le nationalisme algérien ».
Vous avez bien lu : il n’y a pas de rapport entre la violence et le nationalisme algérien.
Les bras m’en tombent !

Voici une analyse curieuse. Même le plus humble des étudiants de nos facultés d’Histoire sait que le Constantinois fut le berceau du nationalisme algérien. La révérence que les personnes précitées semblent porter à cette idéologie nationaliste est surprenante. Elle semble le tabou des tabous en matière d’Histoire de l’Algérie. La vérité est que le massacre du 20 août fut voulu, ordonné, organisé par les chefs locaux du FLN. Il est vrai que la tactique de Zighout Youcef fut critiquée au Congrès de la Soummam. Il n’en demeure pas moins que le FLN est resté une organisation massacreuse. Outre les attentats aveugles de la Bataille d’Alger (présentés une fois encore comme une riposte à l’attentat du 10 août alors que l’ordre du FLN d’abattre tout Européen entre 18 et 54 ans date du 20 juin 1962), le FLN a commis le massacre de Mélouza en mai 1957, auquel on peut ajouter les multiples tueries d’Amirouche en Kabylie, et bien sûr, les massacres de harkis, les assassinats et les enlèvements de pieds-noirs en juillet et août 1962.
L’article du Monde soulève à propos du terrorisme aveugle du FLN une bonne question. « Les nationalistes algériens avaient-ils d’autre choix ? »
Il ne répond pas. En revanche, on affirme que le système colonial empêchait « rigoureusement » (sic) les Algériens de se faire entendre. On affirme que « la discrimination était établie à tous les niveaux » (sic) et que « … les Juifs avaient la nationalité française depuis 1870, mais pas les Musulmans » (resic).
Passons sur ces approximations, ces demi-vérités et ces contrevérités qui de toute façon n’excusent en rien les massacres.
Je le dis encore une fois : « Et après ! Même si cela était vrai à 100 % ! [c’est très loin d’être le cas]. En quoi cela justifierait-il le massacre des innocents, femmes et enfants compris ? » Les résistants français ne posaient pas de bombes dans les cafés, les écoles, les autobus, ou les lampadaires à l’heure où se rassemblent les banlieusards pour rentrer chez eux. Ils ne tuaient pas les bambins et les mères de famille. Ceci fut la marque du nationalisme algérien, n’en déplaise à certains. La marque, la tache, le stigmate, le sceau, le cachet, la griffe de ce mouvement, de cette doctrine. Voici une vérité historique que nul ne parviendra à mettre sous le boisseau.

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Nouvelles réflexions sur le terrorisme – (hiver 2008)

Dans certaines situations historiques, des groupes de gens qui subissent ou considèrent qu’ils subissent une oppression, décident d’utiliser la violence et de prendre les armes. Ils estiment en effet difficile, voire totalement impossible, le recours à tout autre moyen d’émancipation. Tel fut le cas pour la Résistance française pendant l’Occupation, et peu de gens, dans la France actuelle, contestent la légitimité de ce type d’action. Naturellement, dans l’appréciation que l’on porte sur tel ou tel régime, il entre parfois une part de subjectivisme. Les Brigades Rouges italiennes, la Fraction Armée Rouge allemande tenaient l’Italie et l’Allemagne des années 70 pour des états dictatoriaux. Certains Français considéraient la 5ème République, instaurée par le général De Gaulle, comme une tyrannie, tandis que d’autres continuent à lui tresser des couronnes de laurier. Les nationalistes algériens du Front de Libération tenaient l’Algérie française pour un régime insupportable qu’ils entreprirent de renverser. D’autres Algériens, luttèrent contre eux aux côtés de l’Armée française, avec un acharnement au moins égal au leur.

Donc dans certaines conditions, des insurrections armées éclatent. Le problème qui retiendra notre attention est celui des cibles de la violence. L’activité terroriste se distingue de l’activité résistante car elle ne vise pas les mêmes cibles. A cet égard, le FLN algérien peut être considéré comme un mouvement terroriste. En effet, très souvent il a dirigé le fer de lance de son combat contre les populations civiles, tant européennes que musulmanes1. Certes, le FLN combattait l’Armée française par des opérations de guérilla, de même qu’il affrontait la police, et organisait des attentats contre des personnes censées avoir des responsabilités politiques et administratives. Mais souvent, et même, très souvent, ses cibles furent constituées par des civils innocents n’ayant aucune responsabilité dans l’organisation, la mise en oeuvre ou la préservation du régime tenu pour oppresseur. Lorsque les cibles visées incluent délibérément des femmes, des enfants, des vieillards, on est devant le terrorisme. Si les cibles visées sont déterminées par des critères ethniques, – en d’autres termes, si les personnes que l’on cherche à atteindre, sont dans la ligne de mire uniquement parce qu’elles sont chrétiennes, juives ou simplement d’origine européenne -, on atteint alors le sommet, ou plutôt le fond de la barbarie.
Pendant la Guerre d’Algérie, le FLN a régulièrement utilisé le terrorisme sous la forme que nous venons de définir. Le 20 août 1955, en particulier, le FLN du Nord Constantinois, dirigé par Zighout Youssef, a lancé les masses paysannes qu’il influençait contre les habitants européens sans distinction. Ceci aboutit à des massacres particulièrement horribles notamment dans la région d’El Halia et d’Aïn-Abid. Le FLN récidiva dans l’Algérois, à partir du 20 juin 1956. Il donna ordre à ses commandos d’abattre indistinctement les civils européens de sexe masculin âgés de 18 à 54 ans(2). Il avait pris la précaution d’excepter les femmes, les enfants et les vieillards. Toutefois, cette dernière distinction ne fut pas respectée. Les groupes terroristes, que dirigeait Yacef Saadi, placèrent alors des bombes dans des cafés, des cinémas, des établissements publics, des stades et divers moyens de transport où elles ne pouvaient que tuer ou mutiler indistinctement jeunes et vieux, hommes et femmes.
L’attentat perpétré au dancing du Casino de la Corniche, le dimanche 9 juin 1957, visait un lieu fréquenté massivement et spécifiquement par des jeunes issus de la communauté juive(3).
Le but poursuivi par des terroristes est très différent de celui qui est recherché par des militaires. Il est légitime de distinguer les uns des autres. Dans une guerre, les soldats cherchent à neutraliser ou à détruire leur adversaire. La guerre consiste à supprimer les forces vives de l’antagoniste tout en protégeant les siennes. Les terroristes veulent seulement impressionner, effrayer leur ennemi. Le terrorisme est en somme une arme mentale. C’est une arme de dissuasion. Les terroristes veulent détruire le courage de leurs opposants.
En tuant indistinctement des civils, on crée le désordre pour le désordre. La multiplication de ces actes entretient une sorte de chaos social, économique et administratif.
Examinons à présent le cas des intellectuels, universitaires, journalistes ou autres, qui soutiennent ces mouvements et cautionnent leurs crimes. Nombre d’entre eux sont prudents. Ils appuient, disent-ils, la lutte des peuples pour leur émancipation, non pas chaque acte commis avec cet objectif. En revanche, nombreux aussi sont ceux qui ne prennent pas de gants, à l’instar des sinistres porteurs de valises, ou encore de Jean-Paul Sartre. Ce dernier dans la préface qu’il fit au livre de Fanon, Les Damnés de la Terre écrivait (je cite de mémoire) : « il faut tuer. Tuer un Européen [d’Algérie. NDLA] c’est faire d’une pierre, deux coups. Reste un homme mort et un homme libre ».
Les trois quarts du temps, cependant, le rôle de cette intelligentsia se limite à fournir des arguments aux terroristes. J’ai sous les yeux, un extrait d’un journal allemand du 5 décembre dernier. Le rédacteur y évoque le refus de Nicolas Sarkozy de faire repentance à propos de l’Algérie en ces termes :
« Et le contexte dont on parle, c’est celui de l’histoire concrète de la responsabilité de la France dans ces forfaits en Algérie. Alors que la Tunisie et le Maroc étaient des protectorats français, Paris a agi en 1830 d’une façon incomparablement violente en Algérie. Durant une guerre d’occupation de plusieurs décennies, le pays a été de plus en plus assujetti. La résistance dura dans l’ouest de l’Algérie 18 ans, et dans l’est encore plus longtemps. Le nombre des victimes de l’époque est estimé à environ un million, un algérien sur trois mourut, par violence ou massacre, par la faim ou les épidémies.
Bientôt les colons arrivèrent de France, d’Italie et d’Espagne en Algérie, où ils obtinrent de gros domaines, que l’administration coloniale avait confisqués. A la fin, il leur appartenait presque 3 millions des 7 millions d’hectares des sols cultivables,  et toujours des sols d’excellente qualité. Les petits paysans chassés de leurs terres perdirent leurs existences, travaillèrent comme journaliers, ou végétèrent dans les bidonvilles au bord des villes. En 1950, seulement 8 % des enfants algériens allaient à l’école. La guerre d’indépendance dura 8 ans et coûta la vie à un demi-million de personnes. »

Nous ne ferons, bien entendu, aucun commentaire sur le fond tant ce double paragraphe est idiot.
De son côté, le cinéaste Pontecorvo, dans son film sur la Bataille d’Alger, triture la chronologie. Il présente les attentats du FLN, contre les civils, notamment au Milk-Bar et à la Cafétéria, comme une riposte à un attentat (dit contre-terroriste) commis par des Européens, le 10 août 1956, rue de Thèbes dans la Casbah. Cette argumentation fallacieuse fut tranquillement reprise, à la télévision, dans une émission passée vers 23 heures, le 22 novembre dernier.
Je dis fallacieuse car, le terrorisme aveugle du FLN, dans Alger, avait commencé bien avant le 10 août 1956. Il avait commencé en juin 1956, après une double exécution à la prison Barberousse. Je dis, dans Alger, car en dehors de la capitale, le terrorisme aveugle du FLN avait commencé plus tôt encore, le 20 août 1955 par exemple, et même avant puisqu’un malheureux instituteur métropolitain fut assassiné le 1er novembre 1954, premier jour de l’insurrection.
La question fondamentale qui se pose est celle-ci : pourquoi des hommes que leur talent, leur notoriété, leur culture mettent à même de mieux discerner la complexité des choses, s’engagent-ils dans une complicité avec des criminels ?
J’y vois deux réponses possibles :
– La première est que dans ces milieux, le plus souvent bourgeois, où l’on vit bien, on croit apaiser certains scrupules de conscience, en prenant le parti de la révolution. « Certes je suis friqué, je suis privilégié, mais j’ai toujours lutté aux côtés des opprimés ».
– La seconde est plus trouble. Il y a chez certains intellectuels une fascination tragique pour la violence. Un bourgeois privilégié, installé dans le système, peut ressentir une satisfaction morbide à, non pas détruire l’ordre établi, mais à y contribuer par procuration. On touche alors à des penchants autodestructeurs, courants bien sûr chez certains individus, mais qui sont aussi, et c’est plus difficile à analyser, l’apanage de groupes sociaux entiers, à des époques déterminées.
Que l’on pense, par exemple, au rôle surprenant de la bourgeoisie industrielle allemande dans la venue au pouvoir d’Hitler. Que l’on pense encore, en 1917, à ces officiers tsaristes, précédés par le grand-duc Cyrille, qui se ralliaient à une révolution qui allait les broyer en même temps que leur pays.
Quels que soient les griefs (fondés ou infondés) que le FLN pouvait avoir contre le « régime colonial », il s’est discrédité par ses méthodes. Pendant la guerre mondiale, les résistants français n’ont pas placé de bombes dans le métro de Berlin, pour y tuer indistinctement des civils. Le rédacteur du journal allemand précité devrait y penser. Si les résistants français avaient agi de la sorte, ils se seraient abaissés au niveau « moral » de leurs adversaires, car, les structures mentales d’un national-socialiste et celles d’un terroriste sont les mêmes.
Jean Monneret

1 – Dans sa proclamation du 1er nov 1954, le FLN disait : « . ..la continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but… » Yves Courrière. Les Fils de la Toussaint. Fayard p. 443.
2 – Yves Courrière. Le Temps des Léopards. Fayard. P.357 et suivantes. Henri Alleg. La Guerre d’Algérie. Tome 3 p. 531.
3 – L’attentat fit 7 morts et 85 blessés dont 10 dans un état grave. 39 femmes furent atteintes.

Réflexions d’automne

Le 11 septembre 2007
En ce jour anniversaire significatif, ô combien, de ce qu’est le terrorisme, le hasard fait que je lis simultanément deux textes qui semblent se « répondre » et dont le second me laisse pantois. Voici ce que je trouve dans le livre d’Aline Cespédès-Vignes, intitulé Ciel bleu, Vase clos. Ed. L’Harmattan. Elle y raconte la mort de son bébé de 16 mois à Relizane dans un attentat terroriste, commis 2 jours après le « cessez-le-feu » du 19 mars.
« Inès ? Elle était enceinte de quatre mois, attendait son deuxième enfant tranquillement. Elle se trouvait bien dans son nouvel appartement, peut-être un peu plus à l’étroit mais plus tranquille. Elle ne savait pas encore par quoi se traduirait la fin de la guerre. L’idée de quitter son sol natal ne l’avait pas vraiment touchée encore. Elle ne savait pas ce qu’elle attendait, ce qu’elle pensait car tout bascula le 21 mars 1962, vers quatorze heures, au moment où des rafales particulièrement violentes lui firent aller chercher son bébé qui dormait dans son lit. Elle la serrait contre elle, vit en haut du boulevard du Fortin, des Arabes arrosant l’avenue de leurs mitraillettes, recula avec Véronique, fermant la porte de la chambre derrière elles. Et là, dans le couloir, une balle vint tuer sa petite fille et s’écraser sur son bras. Ce fut si rapide !… Inès, comme dépossédée d’elle-même, se précipita sur le palier en hurlant : « Non !… Non !… Au secours !… »

Le cauchemar de l’ambulance, de l’hôpital, de l’opération chirurgicale, les prières adressées à Dieu, à Espérance, à la Ti’Anna, l’espoir puis les hoquets au lever du jour et enfin la mort, la mort absurde, la mort implacable. Son bébé sans vie qu’Inès contemplait comme dans un état second Sa petite fille, son Rayon, immobile, blanche, les narines pincées, les cheveux collés les yeux, surtout les yeux laissant filtrer le vide, l’ailleurs, à travers des paupières mal fermées. »
Voici maintenant ce que je lis dans une lettre écrite par un universitaire allemand, dont je tairai le nom, « spécialiste » paraît-il de ces problèmes. Faisant allusion à la Guerre d’Algérie, il explique dans une correspondance adressée à une lectrice que dans l’Algérie coloniale, il n’y avait pas d’Etat de droit. Il ajoute que l’Algérie française ne possédait aucune légitimité aux yeux de la majorité de la population musulmane. Ceci l’amène à penser que la « puissance coloniale française en Algérie jusqu’en 1945 se basait déjà sur un tel degré de violence que la guerre de libération des Algériens n’était pas pensable sans violence. » Et il conclut, avec apparemment la plus parfaite bonne conscience : « On ne doit donc pas s’étonner quand cette majorité de la population a recours, à son tour, à la violence. »
On pourrait discuter tel ou tel point de cette argumentation sur la colonisation, sur la prétendue guerre de libération nationale, ou sur le prétendu soutien de la majorité des Musulmans à celle-ci. On peut s’étonner d’ailleurs que tant de gens se fassent les interprètes de la volonté de la population musulmane. On peut s’interroger. Comment peuvent-ils connaître si bien les vœux de cette majorité, ceux qui dénoncent si abondamment le caractère truqué des élections qui se tenaient là-bas (Et sur l’organisation desquelles d’ailleurs, on peut émettre effectivement des réserves). Sur quoi se basent-ils donc les censeurs et les détracteurs de la France coloniale ? Sur le référendum du 2 juillet 1962, tenu sous la pression du FLN ? Autant en rire.
Mais la question qui se pose est différente. Pourquoi tant d’intellectuels, d’universitaires ou d’autres s’acharnent-ils à trouver des justifications aux crimes du FLN ?
Lorsqu’un terroriste algérien plaçait une bombe dans un café, un stade, un cinéma ou un autobus, il commettait un crime contre l’humanité au sens de la jurisprudence de Nuremberg. Il donnait la mort à des civils, par définition non combattants, et sans responsabilités politiques, uniquement en raison de leur religion, de leur race ou de leur extranéité réelle ou alléguée.
Alors que viennent faire là-dessus les arguties poids plume sur l’Etat colonial, la violence coloniale, l’illégitimité de l’Etat colonial ? Car, on a envie de dire à ces gens-là : et après ?
A supposer même que ce que vous dites à ce sujet soit vrai. Je dis bien : « à supposer », car je suis d’un avis différent et je l’ai souvent exprimé. Je n’accepte pas davantage l’utilisation de l’adjectif colonial sur le mode du terrorisme intellectuel. Mais je dis : Et après ? Même si, ce que je ne crois pas, vous aviez raison. En quoi cela pourrait-il apporter un début de commencement de justification à l’assassinat d’un bébé de 16 mois ? En quoi les enfants fauchés par les bombes du Milk Bar et de la Cafeteria en 1956 étaient-ils responsables de la « violence coloniale » si souvent dénoncée ? De quoi les malheureux jeunes israélites qui dansaient au casino de la Corniche en 1957, étaient-ils responsables pour se voir eux aussi broyés aussi tragiquement ?
Où veulent-ils en venir ceux qui nous parlent interminablement de violence pour, au fond, justifier celle du FLN, au nom d’une prétendue majorité, et d’une prétendue libération nationale ? Oui, où veulent-ils en venir ?

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