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Le film de Benamou et Deniau va-t-il briser le silence d’Etat sur la tragédie du 5 juillet 1962 ?

Les autorités françaises, depuis plus de 55ans, n’ont jamais cru devoir commémorer, ni même évoquer le tragique massacre du 5 juillet 1962 à Oran.
Après plusieurs livres et bientôt un film documentaire à la télévision dont le mérite revient pour une bonne part à Georges-Marc Benamou, la question se pose désormais : ce silence d’Etat va-t-il être enfin brisé ?

Manuels Hachette

Avant de commencer, je voudrais réparer une injustice. Dans le Manuel Nathan TermS dont j’ai précédemment parlé ,j’ai oublié de signaler qu’on peut y lire, page 42,que le 5 juillet à Oran des centaines de Pieds-Noirs furent en levés et, pour la plupart, exécutés. Ceci est tellement rare qu’il convient de s’en féliciter, car cela prouve que les efforts raisonnés et inlassables de certains d’entre nous pour faire reconnaître ces épreuves ne sont pas vains. Même si l’opposition et le silence de plomb des media demeurent .

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Manuel scolaire Hatier

Pris par des travaux intenses , j’ai tardé à me pencher sur le traitement du terrorisme dans les manuels scolaires souhaité par quelques uns de vous. Le choc n’en a été que plus rude:
J’ai sous les yeux le manuel Hatier destiné aux Terminales L/ES/S , je suis abasourdi.
Torture : Il n’est question que de cela sur 2 pages entières , 44 et 45. Bien entendu , il n’est question que de la torture pratiquée par des militaires français. Alors que tous les protagonistes de cette guerre l’ont mise en oeuvre. (FLN , Barbouzes , MNA, ETC…).On peut dénoncer la torture , mais , le faire sans rappeler le contexte terroriste est intellectuellement malhonnête . Le problème de la torture touche aux fondements mêmes de la civilisation occidentale et je ne peux l’évoquer pleinement ici . Je renvoie donc à mon article sur l’Affaire Audin disponible sur mon site . Pour faire simple , disons qu’il est légitime de s’interroger sur la torture . Si le terrorisme ne justifie pas la torture, celle ci ne saurait davantage justifier, à postériori , les méthodes du FLN . Camus , pour sa part, préférait parler des noces sanglantes du terrorisme et de la répression.
Au sujet de la torture , nous avons droit à Alleg , Ighilariz , Servan-Schreiber ,de Bollardière , R.Branche et naturellement Sartre. Je ne dirais pas qu’il n’y a qu’un son de cloche puisque précisément il y en a un autre : Paul Aussaresses , personnage trés controversé et dont le témoignage discuté tend à confirmer ceux qui précèdent . Pas un mot sur les débats passionnés de l’époque concernant l’emploi de cette torture. Pas un mot sur Camus , sur l’Eglise de France , sur les officiers qui se sont opposés à la torture etc….

Terrorisme : Le mot n’est pas employé une seule fois. Le FLN est complétement exonéré de ses exactions. Si c’est ainsi que l’on prépare les générations futures à lutter contre ce fléau , la France est mal partie.

Les historiens de la Guerre d’Algérie sont : Vidal-Naquet , R.Branche déjà citée, Mohammed Harbi et naturellement Stora. Pas la moindre allusion à la diversité des opinions sur ce point : Pervillé , Frémeaux , Lefeuvre , Jauffret , Vétillard , Jordi , Faivre , inconnus au bataillon.

Les malheurs des Pieds Noirs sont exposés par J. Roy , M.Cardinal et L’Association des PN Progressistes , un groupuscule sans représentativité mais chéri des media.

Je reviendrai sur tous ces points dans une étude plus détaillée .Ceci est ma réaction à chaud.

Jean Monneret.

Colloque du 14 mars 2013 : L’Accord du 19 mars 1962 et ses conséquences

Le 19 mars est donc devenu une journée officielle de commémoration par la « grâce » du Parlement qu’ont élu les Français.
Pour nous, Pieds-noirs, harkis, responsables des associations, historiens attachés à défendre la vérité, c’est une défaite grave , il ne faut pas se le cacher. Dans ces conditions, il ne serait pas inutile de faire un peu d’autocritique. Avons-nous su communiquer ? Avons-nous bien défendu la vérité historique ?

1) Prenons la question des enlèvements d’Européens perpétrés après le 17 avril 1962.

Nous savons aujourd’hui par les recherches de J. J. Jordi et de quelques autres que sur 3000 personnes enlevées, les disparus s’élèvent à 1583, dont 1253 après le 19 mars auxquels il faut rajouter 170 personnes dont on a retrouvé les cadavres.
Est-il clair pour nous que les autres ont été libérés ou retrouvés, (certes en piteux état) ?
Trop souvent, certains s’expriment comme s’il y avait eu 3.000 disparus assassinés. Nous devons être rigoureux.
Pendant des années, le chiffre de 25.000 Européens disparus a circulé.

Nous avons tardé à abandonner ce chiffre déraisonnable dû à un scribouillard du Ministère des Rapatriés, qui l’avait confondu avec le chiffre des soldats français morts au combat.
Nous avons suffisamment protesté contre les chiffres absurdes du FLN :

  • 1 million de Musulmans tués par l’armée française
  • 45000 Musulmans tués par l’Armée et les milices locales le 8 mai 1945 à Sétif et Guelma. Les historiens ont à juste titre démoli ces chiffres, qualifiés de chiffres idéologiques.Nous ne devons pas opposer à une propagande soviétoïde, une contre propagande du même type. Pas de chiffres idéologiques chez nous. Diffusons plutôt le DVD de C. Feinstein sur Les Disparus. Travail remarquable. Nous avons un devoir de rigueur.

    2) Les événements du 5 juillet à Oran.

    Nous connaissons mieux les événements d’Oran. La non-intervention de l’Armée est désormais prouvée documents à l’appui .Et c’est une sacrée différence.
    Les travaux de Jordi sont éclairants :700 morts européens à Oran le 5/7 auxquels il faudrait rajouter 100 morts musulmans.
    Or, c’est très exactement ce que l’on disait ,il y a 50 ans, ce fut le chiffre employé par le Docteur Couniot dans son premier article historique sur le sujet.C’est celui que rapporta le regretté Mgr Boz également.
    Or, au cours des décennies, certains ont cru bon de multiplier le chiffre par 7. Quelle erreur !
    N’IMITONS PAS LE FLN.
    De plus l’Histoire du 5 juillet commence à être sérieusement polluée par des thèses complotistes.
    Certes, les complots existent, mais, en matière historique, un complot n’existe que lorsqu’il est prouvé.
    Ce ne sont pas des preuves qu’il faut! Il faut des preuves EN BETON !!!!!
    Certains voudraient que le 5 juillet soit le résultat d’un complot benbelliste. Pourquoi pas ? On ne prête qu’aux riches.
    Mais où sont les preuves ? IL N’Y EN A AUCUNE DANS CE QUE JE LIS A CE SUJET :Il y a un communiqué de l’ALN des frontières tout à fait surinterprété.
    Il y a le fait que les manifestants musulmans sont entrés armés dans le centre d’Oran. C’est vrai. Mais cela ne prouve pas qu’il en était ainsi à cause des manouvres de Ben Bella et du groupe de Tlemçen. Cela reste à prouver.
    NOUS AVONS UN DEVOIR DE RIGUEUR ET POUR LES CHIFFRES ET POUR LES ANALYSES.

    3)Le 26 mars 1962.

    Sur ce sujet, il n y a pas de décrochage par rapport à l’Histoire. Pas de chiffres extravagants non plus. Ceci est dû à la pondération et à la maturité des deux dirigeants qui s’occupent de la commémoration. La nécessité de la rigueur ne leur a pas échappé.
    Je regrette seulement que ne soient pas davantage diffusés les importants éléments de l’enquête que mena, en son temps feue Francine Dessaigne. Ses contacts avec les officiers généraux qui avaient vécu les événements dans l’entourage d’Ailleret sont très importants sur le plan historique. Les archives qu’elle a consultées, son propre Fonds Dessaigne déposé à Vincennes et ouvert à tous, sont un trésor pour les historiens. Il faut le faire savoir.
    Trop des nôtres s’imaginent que la thèse gaulliste sur le 26 mars est absurde et qu’il ne faut pas perdre de temps à la réfuter. ERREUR !

    Le pouvoir attend qu’il n’y ait plus de témoins pour produire ses propres documents biaisés, notamment le rapport Garat de la gendarmerie.
    Ce dernier repose en particulier sur la photo d’une volkswagen criblée de projectiles. Selon les gendarmes, ces impacts prouveraient qu’il y a eu un tir de F.M. venant de la rue Lelluch. Or, nous avons fait faire une contre-expertise balistique par un expert près les tribunaux. Elle ne valide absolument pas la thèse Garat. IL FAUDRAIT EN PARLER LARGEMENT.
    Ne faisons pas de la contre-propagande, faisons de l’HISTOIRE !!!!

La Bataille d’Alger : Torture et Terrorisme

Il y a cinquante ans en pleine guerre d’Algérie, se livrait dans la capitale de ce pays, ce qu’on appela ensuite La Bataille d’Alger.

Cette Bataille s’est terminée par une victoire de l’Armée Française sur ce qu’il est convenu d’appeler le terrorisme. C’est donc un événement d’une grande portée historique. Soyons clairs cependant. Si nous avons choisi d’en parler ce soir, ce n’est pas dans l’esprit de commémorer cette bataille, mais dans celui de tirer des enseignements de ce qui s’est passé alors.

Ce que l’on appelle le terrorisme est en effet devenu aujourd’hui un phénomène planétaire. New York, l’Espagne, Londres, la France, l’Indonésie, Djerba en Tunisie, Dar-es-Salam en Tanzanie, Kaboul en Afghanistan, voici quelques uns des lieux où se sont déroulés ces dernières années, des attentats terroristes importants, graves par le nombre des victimes et leurs conséquences. Ceci justifie donc amplement l’adjectif planétaire que je viens d’utiliser.

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Le livre blanc de l’armée française en Algérie – ouvrage collectif – Editions Contretemps 2002

Quarante ans après la fin de la guerre d’Algérie, l’armée française est aujourd’hui mise en accusation. Lancée par le parti communiste, soutenue par les anciens porteurs de valises, les professionnels de la repentance et leurs relais, une campagne de presse d’une violence inouïe vise à mettre au pilori ceux qui ont dû, dans des circonstances dramatiques, assumer la responsabilité du rétablissement de l’ordre face au terrorisme. A cette nouvelle offensive contre l’honneur de l’armée française, il n’est qu’une réponse, celle de la Vérité. C’est elle qu’ont cherché à retracer, dans sa complexité, les historiens, les journalistes et les témoins de l’époque qui se sont associés, à l’initiative d’un groupe d’officiers de réserve, pour réaliser ce  » Livre Blanc de l’armée française en Algérie « . Il ne masque rien des cruautés de l’époque, et des nécessités d’une guerre contre un ennemi sans visage. Il s’est efforcé de s’en tenir aux faits, en les éclairant par les circonstances, dans le contexte politique et militaire créé par la guerre révolutionnaire conduite par le FLN.

En le lisant, on en revivra les principales étapes, on se remémorera quelques vérités occultées (sur les crimes de l’ennemi, les épurations à l’intérieur du FLN, ou l’affreux massacre des harkis après l’indépendance de l’Algérie), on mesurera l’ampleur des cas de conscience qu’eurent à affronter soldats et officiers. On comprendra surtout que l’armée française n’a en lien à rougir de la façon dont elle mena une guerre qu’elle n’avait ni voulue ni choisie et où elle donna, dans le sang et les larmes, le meilleur d’elle-même. Ce livre voudrait donner à tous ceux qui ont été blessés par l’injustice des calomnies répandues sur elle un instrument de combat. Il s’adresse aussi aux nouvelles générations. Pour qu’il ne soit pas dit que la désinformation a eu le dernier mot.

A OUBLIER AU PLUS VITE : 1830-1962 Exposition sur l’Algérie au Musée de l’Armée Paris VIIème

L’exposition qui se tient actuellement au Musée de l’Armée atteint un nouveau sommet de la pensée unique et de l’anticolonialisme d’état.

On y retrouve, bien entendu, le célébrissime trio : Branche, Thénault, Stora qui colonise désormais l’institution militaire.
Les illustrations sont fournies par le téléfilm inspiré de l’œuvre de Jules Roy : Les chevaux du soleil, ce qui se passe de commentaires. Elles sont également fournies par les bandes dessinées de J.Ferrandez. Ce dernier possède, selon moi, un talent certain, mais la trame de ses récits s’inspire trop souvent de visions historiques discutables.*

Comme il fallait donc le craindre cette exposition est largement en harmonie avec la bien-pensance et le conformisme de notre époque, tout en s’efforçant, bien sûr, de ne pas trop en avoir l’air. Ceci ne va pas sans une certaine dose de déformations insidieuses et de sournoiseries.

Quelques exemples :
-un texte rappelle le sénatus-consulte que Napoléon III, séduit par la perspective d’un Royaume Arabe en Algérie, fit adopter en 1865. On peut y lire que les Musulmans algériens y étaient reconnus comme français et que le sénatus-consulte leur ouvrait la possibilité de devenir citoyens à part entière.
Le texte ajoute ce commentaire spécieux :…« Peu d’entre eux en bénéficieront… » Il aurait mieux valu écrire : « Peu d’entre eux demanderont à en bénéficier ».
-Nous sommes à la frontière de la désinformation. On apprend ensuite que le pays « assimilé » à la France… devient le bien presque exclusif de colons toujours plus nombreux… ». Merci pour le presque, sans ce terme on aurait eu l’impression de lire Al Watan !
Et ça n’est pas tout : « …colons toujours plus nombreux et possédant tous les droits(sic), tandis que les colonisés sont soumis à des dispositions oppressives consacrées en 1881 par le code de l’Indigénat… »
Voilà comment on écrit l’Histoire au Musée de l’Armée ! La calembredaine anticoloniale se porte bien.

Et ça continue :
Les exactions du 20 août 1955 sont mentionnées avec beaucoup de discrétion, pas de photos, pas d’évocation d’El- Halia, mais on cite Aïn- Abid au détour d’une phrase. Encore faut-il signaler que Zighout Youssef aurait organisé ces massacres contre « l’avis de ses pairs ».Question pour l’histoire ? Le désaveu de ses pairs s’est-il exprimé à priori, avant la boucherie ou à posteriori, quand les conséquences morales désastreuses qu’il entraîna pour l’image du FLN et la volonté accrue des autorités françaises de le combattre furent connues ?
Et ce n’est pas fini ; nous apprenons aussi que les mutilations spectaculaires ( je suppose qu’il faut comprendre perpétrées par le FLN : nez, oreilles et sexes coupés), renvoient le pouvoir colonial à ses propres violences passées et présentes. Tel quel. Vous avez bien lu. Les commentaires sont superflus.
Or, si les exactions du FLN sont atténuées, une pièce entière est consacrée à la torture.(Par l’Armée française bien sûr)
Et la balade continue : nous apprenons par-ci, par-là que De Gaulle a « revalorisé » les Algériens(sic). En effet, grâce à des installations flambant neuves, des films de fiction en arabe furent tournés et diffusés en Algérie. Certes, il aurait en dû faire tout autant pour les Berbères. Mais chut ! Pas de mauvais esprit ! On pourrait croire que l’Algérie n’est pas un pays arabe, arabe, arabe, comme disait feu Ben Bella.
Le titre d’un des sous-chapitres de l’exposition me laisse rêveur. Il y est question des soldats « musulmans » de l’Armée française. Bien entendu, il s’agit des harkis, mokhazanis, GMS, membres des GAD etc… venant s’ajouter aux engagés et aux militaires d’active.
Le problème ce sont les guillemets. Diantre ! Qui a eu l’idée de les accoler au terme : musulmans ? A ça il y a deux interprétations possibles.
L’une est de type républicain :
L’armée française ne faisait pas de distinction et le terme ne serait, en somme, qu’une façon de parler peu compatible avec la sacro-sainte « laïcité ». D’où les guillemets.
L’autre serait-elle de type FLN ? Le fait qu’ils combattent avec une armée occidentale en aurait-il fait des musulmans indignes de l’être, au point qu’on ne pouvait les désigner tels qu’avec des guillemets ? Bien sur, je me refuse pour l’instant à croire que la seconde interprétation soit la bonne. Je préfère penser qu’un scribouillard besogneux, inintelligent et animé d’un zèle laïcard déplacé porte la responsabilité de ces guillemets stupides. Une explication reste due au public néanmoins. En effet, dans les deux hypothèses, nos camarades musulmans ayant combattu au sein de notre armée, contre le terrorisme et pour la liberté, auront peu de raison d’apprécier la désinvolture avec laquelle ils sont traités.

Les responsables de l’exposition n’ont pas oublié le 17 octobre 1961et Charonne. Mais réjouissons-nous tout de même : en cherchant bien, on trouvera aussi une brève mention du massacre de 90 Pieds -Noirs le 26 mars 1962 rue d’Isly.
De même, la dernière phrase de l’exposition égratigne les média auxquels il est reproché d’avoir passé sous silence les nombreux assassinats perpétrés au moment de l’Indépendance, comme le 5 juillet 1962 à Oran. Mais attention, cette phrase aussi il la faut bien chercher, au revers d’un panneau.
25 ans d’efforts pour faire reconnaître ces tragédies n’ont donc pas été inutiles. Deux phrases, ce n’est pas beaucoup. C’est mieux que rien. CAR, sans nos efforts à tous, nos épreuves auraient été complètement effacées de l’Histoire.
Ce n’est qu’un début, continuons le combat, comme disait l’autre.
JEAN MONNERET
6 juin 2012
*Ainsi dans le tome 7 de ses Cahiers d’Orient portant le titre : « Rue de la Bombe », Ferrandez reprend la chronologie erronée du FLN, propagée par le film de Pontecorvo : les attentats du Milk Bar et de la Caféteria ( octobre 1956) contre des civils européens seraient une réplique à un attentat contre-terroriste commis le 10 août 1956 dans la Casbah. Or, les attentats du FLN contre tous les Européens indistinctement avaient commencé dans Alger le 20 juin 1956.

PETITE MISE EN GARDE

Certains de nos compatriotes ont tort de raconter urbi et orbi qu’il n’ y a pas eu d’accords d’Evian mais seulement des déclarations unilatérales du gouvernement français. Je recommande à ce sujet l’article de Guy Pervillé sur son site et sur Etudes Coloniales.
1°) Krim Belkacem a signé et paraphé chaque page du texte d’Evian, il a insisté pour le faire.
Ce faisant, il a engagé la responsabilité du FLN et lourdement.

2°) Les accords portaient sur le CLF, les bases du Sahara, la création de l’Exécutif Provisoire et l’organisation du referendum, entre autres.
3°) Les déclarations gouvernementales n’étaient pas unilatérales. Ni le GPRA, ni le CNRA n’ont rejeté Evian. Des critiques furent exprimées mais il n ‘y eut pas rejet. Ben Bella fit allégeance aux accords en août 1962. Ceci lui a valu ultérieurement en 1965 l’accusation d’avoir été « l’homme de De Gaulle » (sic). Les déclarations comme le CLF furent mentionnés dans le referendum et, au total, la violation des garanties reconnues à la minorité européenne engagent trés lourdement la responsabilité du FLN et de ses chefs. On fait un grand cadeau au FLN en prétendant qu’il n’a rien signé, ni approuvé, ni validé.
Il faudrait sortir de cette situation où tout PN se croit un expert en histoire, en islamologie et en géopolitique seulement parce qu’il est né là-bas.
Autre erreur commune :
Personne n’employait le terme Pied-Noir en Algérie. Les intéressés le rejetaient. Quelle ânerie!
Ce terme était courant dès 1956 et peut être avant. Voir là encore la remarquable étude de Pervillé. (sur son site).
Un livre s’est beaucoup vendu en Algérie, et aussi en France d’ailleurs, durant l’année 1957. Il s’appelait précisément Les Pieds Noirs. L’auteur en était Georges Damitio, un sportif de haut niveau champion olympique né au Maroc.
Ce livre eut un beau succès ce qui n’eût pas été le cas si les nôtres eussent rejeté le terme.
JEAN MONNERET
21 mars 2012

Le professeur Pervillé censuré

Il est intéressant de comparer le texte original du professeur Pervillé et la version censurée publiée par le Ministère de la Culture et de la Communication. La censure est officielle autant que la revue qui devait l’accueillir. Il est permis de penser que des gens placés plus haut que l’obscure Anastasie maniant les ciseaux, ont supervisé le tout. Egalement officiellement. Il est donc judicieux d’examiner l’original et la version rabougrie pour déterminer ce qui parait impubliable aux yeux des hiérarques de la France officielle concernant la guerre d’Algérie, 50 ans après la fin du conflit.
Guy Pervillé écrit ceci : «Absence d’autorité incontestée et compétition pour le pouvoir (au sein du FLN) déclenchèrent de nouvelles vagues d’enlèvements et de violences meurtrières contre des Français d’Algérie (notamment des centaines d’enlèvements à Oran, le 5 juillet 1962) et contre d’anciens harkis… »
Serait-ce là ce que la France officielle n’aime pas que l’on dise, à savoir qu’une fois parvenu au pouvoir et même avant, le FLN a déclenché enlèvements et massacres ?

Pourquoi ?
Crainte d’indisposer le gouvernement algérien ?
Crainte d’écorner l’image du général De Gaulle qui ne s’opposa nullement à tout cela ?
Crainte de reconnaître une responsabilité depuis longtemps établie par les Historiens ?
Le professeur Pervillé poursuit : « Cependant, le FLN profita des Accords d’Evian pour reconstituer ses forces armées et pour étendre leur autorité sur une grande partie du pays et de sa population L’Armée française s’y opposa jusqu’au 8 mai, puis dut y renoncer. A partir du 17 avril 1962 ,le FLN déclencha une vague d’enlèvements contre la population française, supposée complice de l’OAS, dans les agglomérations d’Alger et d’Oran, mais aussi dans l’intérieur de ces régions(…) D’autre part, des enlèvements et des massacres avaient été commis après le 18 mars contre d’anciens harkis, en violation flagrante des clauses d’amnistie des accords d’Evian; des tracts de l’ALN saisis par l’armée française faisaient craindre qu’une épuration systématique soit déclenchée après le referendum…
Là, comment ne pas imaginer la consternation du bureaucrate charger de gérer un texte pareil ! Ah ces universitaires ! Où vont-ils chercher tout cela ? Comment pourrions-nous le publier ? Sans compter que l’auteur écrit en outre que le FLN déclencha une vague d’enlèvements contre la population française ! Une vague ! Quelle misère !
Le professeur Pervillé écrit encore ceci : « … Une lutte pour le pouvoir se déclencha entre deux coalitions issues du FLN, l’ une reconnaissant le GPRA ,l’autre le Bureau politique de Ben Bella soutenu par l’Etat Major Général de l’ALN (Armée de Libération Nationale) du colonel Boumediene (destitué le30 juin par le GPRA )… » Ce qui entraina « De nouvelles vagues d’enlèvements et de violences meurtrières contre des Français d’Algérie… »
Consternation à nouveau d’Anastasie ! Pervillé aime les vagues décidément !
Où des historiens vont-ils chercher tout ça ? On en aurait entendu parler à la télévision. Voilà un demi-siècle qu’on répète partout qu’Evian réglait définitivement le problème algérien. Que seule l’OAS était responsable du malheur des Pieds Noirs et voilà que maintenant, on met en cause aussi le FLN. Quelle complication ! Et puis, il y a d’autres passages du même genre.
« Les enlèvements de Français diminuèrent après le 26 septembre 1962 qui vit l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement présidé par Ben Bella. Mais les massacres d’anciens harkis durèrent encore plusieurs mois et leur emprisonnement sous prétexte d’assurer leur sécurité, encore 10 ans. »
Ce passage a été également censuré. Donc, la France officielle n’admet pas que les enlèvements d’Européens aient pu durer 5 mois après le cessez-le-feu du 19 mars dans sa phase intense et quelques mois supplémentaires dans le mode résiduel. Mode qui n’avait rien de résiduel pour les harkis qui continuèrent d’être massacrés ou détenus plusieurs mois après l’avènement de Ben Bella.
J’ai souvent entendu dire que la France ne voulait pas regarder son histoire en face. C’est vrai d’une certaine France officielle qui en est encore à censurer les textes. O tempora, o mores !
Mais à bien y réfléchir, ce n’est pas étonnant. Si un service officiel, d’un ministère officiel, dans une revue officielle reconnaissait qu’il y eut jadis carence des plus hautes autorités, quel scandale ! Voilà qui ruinerait la vulgate, quasi officielle aussi, selon laquelle :
a/ la France est coupable d’avoir envoyé son Armée en Algérie faire des misères au FLN
b/ heureusement, un certain Général nous a sorti de ce guêpier et ouvert la voie de la décolonisation. Ouf !
A quel prix ?
Silence dans les rangs. Pas de mauvais esprit. Défense de polémiquer !
Peut-on imaginer une publication officielle, écrivant, noir sur blanc, que le Général aurait commis des erreurs ? Et quoi encore ? Pourquoi pas un débat contradictoire pendant que nous y sommes ! Sans compter que Guy Pervillé suggère que l’addition au prix fort de tous ces manquements fut payée par les PN et les Harkis .Quel toupet ces universitaires !
Quant à dire que la France a fait ce qu’elle a pu aussi longtemps que possible pour empêcher la faillite de l’Algérie indépendante ! Une seule réponse : comme on dit sur les plateaux de cinéma :COUPEZ !
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Parfois, il m’arrive de rêver et de siffloter Imagine de John Lennon…Ce serait bien d’avoir une télé où il n y aurait pas que Stora mais aussi, de temps en temps, Pervillé.
Imaginez des colloques où l’on ne parlerait pas que des victimes de l’Armée française mais aussi de celles du FLN !
Imaginez la Mairie de Paris rappelant la mémoire des policiers français tombés dans la capitale face aux commandos de cette organisation !
Imaginez qu’elle rappelle aussi le souvenir des 1583 Pieds Noirs enlevés par le FLN. (Après le cessez-le-feu du 19 mars 62 pour 90% d’entre eux) !
Imaginez qu’ils aient une plaque eux aussi et pas seulement Maurice Audin militant « anticolonialiste » et membre du Parti communiste algérien comme dit l’inscription à laquelle il eut droit.
Imaginez que Communications Nationales revue dont Pervillé a essuyé la censure, publie une recension élogieuse du livre de Jordi Un silence d’état !
Imaginez qu’une chaine publique diffuse tous les soirs, pendant plusieurs semaines les photos des PN enlevés en Algérie et toujours portés disparus !
Oh ! Ca ne risque pas d’arriver.
La France officielle en serait malade. Elle est bien plus tranquille comme cela. Car le professeur a conclu en ces termes :
« Les accords d’Evian voulus par le gouvernement français comme « la solution du bon sens » se révélèrent une utopie qui échoua à ramener une vrai paix en Algérie. Le « rapatriement » des français d’Algérie et celui des Français musulmans (que le général De Gaulle ne tenait pas pour de vrais Français ) s’imposèrent comme des nécessités. De Gaulle maintint aussi longtemps que possible ce qui restait de la politique de coopération, pour éviter la faillite de l’indépendance algérienne en espérant que la France finirait par en bénéficier un jour »
COUPEZ ! COUPEZ ! COUPEZ !
JEAN MONNERET
28 janvier 2012

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DU NOUVEAU SUR LES EUROPEENS DISPARUS A LA FIN DE LA GUERRE D’ALGERIE. (1)

Durant un demi-siècle, le problème des civils européens enlevés par le FLN, et jamais retrouvés pour un grand nombre__, fut singulièrement occulté. Officiellement, on s’en tint à un chiffre donné en 1964 au Sénat: 3018. La répartition des victimes en personnes enlevées, libérées, présumées décédées et cas incertains ne fut guère remise en cause. A partir de 1965, le silence des médias à ce sujet se fit assourdissant. Les Français disparus furent oubliés tandis que la France prit l’étrange habitude de réserver ses hommages aux victimes de l’autre camp , les pro-indépendantistes. (Particulièrement à Paris sous l’égide de la Mairie socialiste.)
Dans le milieu des Français d’Algérie, on chercha à lutter contre l’oubli. Hélas, des chiffres hyperboliques furent brandis au mépris de toute rigueur historique (2). La cause des victimes du FLN risqua d’en être dépréciée, d’autant que des thèses complotardes fumeuses se répandaient aussi.
Désormais, la communauté des Historiens comme les Pieds Noirs et les familles concernées disposent d’une étude de qualité, menée selon la méthode historique. Jean-Jacques Jordi a fait des recherches poussées en de nombreux fonds d’archives. Citons: le Service Historique de la Défense, le Centre des Archives Diplomatiques, les Archives Nationales d’Outre-Mer, le Centre des Archives Contemporaines, le Centre Historique des Archives Nationales, celles de la Croix Rouge, du Service Central des Rapatriés etc;…

L’auteur a ainsi apporté une contribution neuve au problème des disparus européens. Il a attaqué de front l’obstacle des 500 dossiers demeurés incertains qui gênait l’obtention de chiffres crédibles.
Sur ce point, en 2004, nous avions nous même, ainsi que le général Faivre attiré, l’attention de la Mission aux Rapatriés sur la nécessité d’une étude exhaustive. Il fallut attendre quatre ans pour qu’elle se dessinât.
En accédant aux dossiers du Service Central des Rapatriés, Jordi a pu savoir qui parmi les incertains était réellement disparu ou entré en France métropolitaine. On y voit actuellement plus clair.
Qu’il s’agisse du massacre du 5 juillet 62 à Oran (où l’auteur confirme la responsabilité et les mensonges du général Katz, comme la criminelle ineptie des directives données à l’Armée française), qu’il s’agisse des exactions de l’été 62 dues à la wilaya 4 (où le FLN préférait enlever des familles entières pour limiter les plaintes ), Jordi a montré une solide rigueur.
Il éclaire la pratique du nettoyage ethnique par les indépendantistes. Or, il le fait, documents à l’appui, en prenant ses distances avec quelques légendes aussi tenaces qu’absurdes. Son livre est peu réfutable. Il sera plus difficile désormais aux thuriféraires du FLN et aux journalistes sous influence de nier des faits qui les dérangent.
On peut regretter que Jordi paraisse sous-estimer les divisions du FLN et les surenchères xénophobes qu’elles alimentèrent. Félicitons le toutefois d’avoir laissé de côté quelques récits controuvés et extravagants. (3)
Cet ouvrage, cette étude méticuleuse manquaient. Il serait regrettable qu’ici et là, certains négligent l’atout que, dans sa percutante sobriété, il constitue pour les familles touchées et pour l’ Histoire.

JEAN MONNERET
9 novembre 2011
1 – Jean-Jacques Jordi . Un silence d’état. Ed. SOTECA.
Les enlèvements d’Européens ont décuplé aprés le « cessez-le-feu  » du 19/3 / 1962 L’auteur dénombre 1583 disparus présumes décédés, 123 enlevés dont on a retrouvé les corps et 171 cas incertains résiduels. Selon nous, il eût fallu comptabiliser les personnes libérées ou retrouvées.

2 – Il arriva qu’un scribe du Ministère des Rapatriés répondit par erreur : 25.000 à une question sur le chiffre des disparus européens. Il confondait avec celui des militaires français tués au combat. Ceci occasionna ultérieurement quelques bévues.

3 – En juillet 1962, depuis Alger, Max Clos du Figaro, dénonça courageusement les enlèvements massifs d’Européens. Il ajoutait : « Sur les chiffres, on ne sait rien de sûr. Tout dans ce pays est déformé et amplifié dans des proportions fantastiques. «  Voila qui a changé désormais.