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Manuels Hachette

Avant de commencer, je voudrais réparer une injustice. Dans le Manuel Nathan TermS dont j’ai précédemment parlé ,j’ai oublié de signaler qu’on peut y lire, page 42,que le 5 juillet à Oran des centaines de Pieds-Noirs furent en levés et, pour la plupart, exécutés. Ceci est tellement rare qu’il convient de s’en féliciter, car cela prouve que les efforts raisonnés et inlassables de certains d’entre nous pour faire reconnaître ces épreuves ne sont pas vains. Même si l’opposition et le silence de plomb des media demeurent .

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MANUEL D’EDUCATION CIVIQUE MAGNARD

Destiné aux Terminales S.T.M.G.

Dans cet ouvrage, le conflit algérien est replacé en une phase plus large : celle de l’émancipation des peuples. Formulation que l’on peut trouver optimiste et qui correspond, en gros, à ce qu’il est courant d’appeler la décolonisation.

Ce choix s’accompagne d’un recours à la bande dessinée notamment celle de Daeninckx et Mako intitulée Octobre Noir. Chacun comprend qu’il s’agit de la journée ou plutôt de la soirée du 17 octobre 1961 à Paris . Le titre fait aussi, curieusement, allusion à une organisation terroriste proche-orientale de sinistre mémoire. On peut apprécier ou ne pas apprécier le raccourci.
Il est gênant que soit repris, pour ce 17 octobre, sur cette page 61, un chiffre de morts (dûs à la répression) bien contesté. « On avance (sic) le chiffre de 200 morts » . Nous ne sommes là ni dans la nuance, ni dans la prudence. C’est valider le chiffre contestable d’Einaudi qui n’était pas historien, en négligeant les travaux et les chiffres très différents du Professeur Brunet. (Voir son livre : Police contre FLN. Ed. Flammarion).
La guerre d’Algérie est présentée d’une façon unilatérale devenue malheureusement commune. L’aspect décolonisation du conflit est largement souligné. L’aspect guerre contre le terrorisme* qui fait aussi partie de cet épisode historique ne l’est pas, ou, accessoirement. Le FLN est présenté comme menant une guerrilla. Ses militants sont des maquisards. (Page 76)
Le terme terroriste apparait une fois dans la manchette du journal algérois La Dépêche Quotidienne datant du 2 novembre 1954. Les auteurs du manuel, quant à eux, n’ utilisent pas le terme terrorisme, sauf à la page 79, pour en attribuer l’exclusivité à l’OAS. Comme chez Belin.
Des extraits de la publication du FLN en date du 1 novembre 54 qui accompagna le déclenchement de l’insurrection sont pourtant cités à titre d’illustration. On notera,  il faut souhaiter que les jeunes lecteurs du manuel le fassent aussi qu’au paragraphe Moyens de lutte figure l’indication suivante :  « continuation de la lutte par tous les moyens jusqu’à la réalisation de notre but ». Le FLN tint parole à ce point de vue. Il n y eut pas de langue de bois en ce texte.
Le tableau des inégalités entre Européens et Musulmans (Page 74) est également discutable. La mortalité infantile chez les Européens était de 4,6 % ; elle était de18,1 chez les Musulmans soit presque 4 fois plus. Encore eût-il fallu préciser qu’en un siècle cette dernière avait diminué de moitié grâce à la présence médicale française.
Dernière erreur : la date du 5 juillet 1962 est présentée comme celle de l’accession de l’Algérie à l’Indépendance. Non ce fut le 3. Le 5juillet était le jour de sa célébration. A Oran, elle fut marquée par le massacre de plusieurs centaines d’Européens. Toujours occulté officiellement.Ignoré chez Magnard.
J.Monneret.
*Par terrorisme , l’auteur de ces lignes entend : l’assassinat délibéré par des mouvements révolutionnaires de civils innocents , souvent massivement et sur la base de critères ethniques et religieux.

Colloque du 14 mars 2013 : L’Accord du 19 mars 1962 et ses conséquences

Le 19 mars est donc devenu une journée officielle de commémoration par la « grâce » du Parlement qu’ont élu les Français.
Pour nous, Pieds-noirs, harkis, responsables des associations, historiens attachés à défendre la vérité, c’est une défaite grave , il ne faut pas se le cacher. Dans ces conditions, il ne serait pas inutile de faire un peu d’autocritique. Avons-nous su communiquer ? Avons-nous bien défendu la vérité historique ?

1) Prenons la question des enlèvements d’Européens perpétrés après le 17 avril 1962.

Nous savons aujourd’hui par les recherches de J. J. Jordi et de quelques autres que sur 3000 personnes enlevées, les disparus s’élèvent à 1583, dont 1253 après le 19 mars auxquels il faut rajouter 170 personnes dont on a retrouvé les cadavres.
Est-il clair pour nous que les autres ont été libérés ou retrouvés, (certes en piteux état) ?
Trop souvent, certains s’expriment comme s’il y avait eu 3.000 disparus assassinés. Nous devons être rigoureux.
Pendant des années, le chiffre de 25.000 Européens disparus a circulé.

Nous avons tardé à abandonner ce chiffre déraisonnable dû à un scribouillard du Ministère des Rapatriés, qui l’avait confondu avec le chiffre des soldats français morts au combat.
Nous avons suffisamment protesté contre les chiffres absurdes du FLN :

  • 1 million de Musulmans tués par l’armée française
  • 45000 Musulmans tués par l’Armée et les milices locales le 8 mai 1945 à Sétif et Guelma. Les historiens ont à juste titre démoli ces chiffres, qualifiés de chiffres idéologiques.Nous ne devons pas opposer à une propagande soviétoïde, une contre propagande du même type. Pas de chiffres idéologiques chez nous. Diffusons plutôt le DVD de C. Feinstein sur Les Disparus. Travail remarquable. Nous avons un devoir de rigueur.

    2) Les événements du 5 juillet à Oran.

    Nous connaissons mieux les événements d’Oran. La non-intervention de l’Armée est désormais prouvée documents à l’appui .Et c’est une sacrée différence.
    Les travaux de Jordi sont éclairants :700 morts européens à Oran le 5/7 auxquels il faudrait rajouter 100 morts musulmans.
    Or, c’est très exactement ce que l’on disait ,il y a 50 ans, ce fut le chiffre employé par le Docteur Couniot dans son premier article historique sur le sujet.C’est celui que rapporta le regretté Mgr Boz également.
    Or, au cours des décennies, certains ont cru bon de multiplier le chiffre par 7. Quelle erreur !
    N’IMITONS PAS LE FLN.
    De plus l’Histoire du 5 juillet commence à être sérieusement polluée par des thèses complotistes.
    Certes, les complots existent, mais, en matière historique, un complot n’existe que lorsqu’il est prouvé.
    Ce ne sont pas des preuves qu’il faut! Il faut des preuves EN BETON !!!!!
    Certains voudraient que le 5 juillet soit le résultat d’un complot benbelliste. Pourquoi pas ? On ne prête qu’aux riches.
    Mais où sont les preuves ? IL N’Y EN A AUCUNE DANS CE QUE JE LIS A CE SUJET :Il y a un communiqué de l’ALN des frontières tout à fait surinterprété.
    Il y a le fait que les manifestants musulmans sont entrés armés dans le centre d’Oran. C’est vrai. Mais cela ne prouve pas qu’il en était ainsi à cause des manouvres de Ben Bella et du groupe de Tlemçen. Cela reste à prouver.
    NOUS AVONS UN DEVOIR DE RIGUEUR ET POUR LES CHIFFRES ET POUR LES ANALYSES.

    3)Le 26 mars 1962.

    Sur ce sujet, il n y a pas de décrochage par rapport à l’Histoire. Pas de chiffres extravagants non plus. Ceci est dû à la pondération et à la maturité des deux dirigeants qui s’occupent de la commémoration. La nécessité de la rigueur ne leur a pas échappé.
    Je regrette seulement que ne soient pas davantage diffusés les importants éléments de l’enquête que mena, en son temps feue Francine Dessaigne. Ses contacts avec les officiers généraux qui avaient vécu les événements dans l’entourage d’Ailleret sont très importants sur le plan historique. Les archives qu’elle a consultées, son propre Fonds Dessaigne déposé à Vincennes et ouvert à tous, sont un trésor pour les historiens. Il faut le faire savoir.
    Trop des nôtres s’imaginent que la thèse gaulliste sur le 26 mars est absurde et qu’il ne faut pas perdre de temps à la réfuter. ERREUR !

    Le pouvoir attend qu’il n’y ait plus de témoins pour produire ses propres documents biaisés, notamment le rapport Garat de la gendarmerie.
    Ce dernier repose en particulier sur la photo d’une volkswagen criblée de projectiles. Selon les gendarmes, ces impacts prouveraient qu’il y a eu un tir de F.M. venant de la rue Lelluch. Or, nous avons fait faire une contre-expertise balistique par un expert près les tribunaux. Elle ne valide absolument pas la thèse Garat. IL FAUDRAIT EN PARLER LARGEMENT.
    Ne faisons pas de la contre-propagande, faisons de l’HISTOIRE !!!!

7 février 2012

Un journaliste de Libération a récemment expliqué que tous les Pieds-Noirs n’avaient pas quitté l’Algérie en 1962, (ce qui est vrai) et que ceux qui étaient restés (200.000 d’après lui, ce qui est inexact) n’avaient connu ni la valise ni le cercueil, ce qui est faux.
Voici un texte du Figaro de 1964 qui montre quelle était, REELLEMENT la situation des Français restés en Algérie y compris pour les plus « libéraux » comme Blachette.

Enlèvement d'Européens en Algérie - le Figaro 1964

COLLOQUE DU 14 MARS 2013 : L’ACCORD DU 19 MARS 1962 ET SES CONSEQUENCES

Le 19 mars est donc devenu une journée officielle de commémoration par la « grâce » du Parlement qu’ont élu les Français.
Pour nous, Pieds-noirs, harkis, responsables des associations, historiens attachés à défendre la vérité, c’est une défaite grave , il ne faut pas se le cacher. Dans ces conditions, il ne serait pas inutile de faire un peu d’autocritique. Avons-nous su communiquer ? Avons-nous bien défendu la vérité historique ?
1) Prenons la question des enlèvements d’Européens perpétrés après le 17 avril 1962.
Nous savons aujourd’hui par les recherches de J. J. Jordi et de quelques autres que sur 3000 personnes enlevées, les disparus s’élèvent à 1583, dont 1253 après le 19 mars auquel il faut rajouter 170 personnes dont on a retrouvé les cadavres. Est-il clair pour nous que les autres ont été libérés ou retrouvés, (certes en piteux état) ?
Trop souvent, certains s’expriment comme s’il y avait eu 3.000 disparus assassinés.

Nous avons un devoir de rigueur.
Pendant des années, le chiffre de 25.000 Européens disparus a circulé.
Nous avons tardé à abandonner ce chiffre absurde dû à un scribouillard du Ministère des Rapatriés, qui l’avait confondu avec le chiffre des soldats français morts au combat
Nous avons suffisamment protesté contre les chiffres absurdes du FLN :
– 1 million de Musulmans tués par l’armée française
– 45.000 Musulmans tués par l’Armée et les milices locales le 8 mai 1945 à Sétif et Guelma.
Les historiens ont à juste titre démoli ces chiffres, qualifiés de chiffres idéologiques.
Nous ne devons pas opposer à une propagande soviétoïde, une contre propagande du même type.
Pas de chiffres idéologiques chez nous. Diffusons le DVD de C.Feinstein sur Les Disparus. Travail remarquable.
Nous avons un devoir de rigueur.
2) Les événements du 5 juillet à Oran.
Nous connaissons mieux les événements d’Oran. La non-intervention de l’Armée est désormais prouvée documents à l’appui. Et c’est une sacrée difference.
Les travaux de Jordi sont éclairants :700 morts à Oran le 5/7 auxquels il faudrait rajouter 100 morts musulmans.
Or, c’est très exactement ce que l’on disait, il y a 50 ans, ce fut le chiffre employé par le Docteur Couniot dans son premier article historique sur le sujet. C’est celui que rapporta le regretté Mgr Boz également.

Or, au cours des décennies, certains ont cru bon de multiplier le chiffre par 7. Quelle erreur !
N’IMITONS PAS LE FLN.
De plus l’Histoire du 5 juillet commence à être sérieusement polluée par des thèses complotistes.
Certes, les complots existent, mais, en matière historique, un complot n’existe que lorsqu’il est prouvé.
Ce ne sont pas des preuves qu’il faut.  Il faut des preuves EN BETON !!!!!
Certains voudraient que le 5 juillet soit le résultat d’un complot benbelliste. Pourquoi pas ? On ne prête qu’aux riches…
Mais où sont les preuves ? IL N’Y EN A AUCUNE DANS CE QUE JE LIS A CE SUJET :
Il y a un communiqué de l’ALN des frontières, tout à fait surinterprété.
Il y a le fait que les manifestants musulmans sont entrés armés dans le centre d’Oran. C’est vrai mais cela ne prouve pas qu’il en était ainsi de par des manoeuvres de Ben Bella et du groupe de Tlemçen. Cela reste à prouver.
NOUS AVONS UN DEVOIR DE RIGUEUR ET POUR LES CHIFFRES ET POUR LES ANALYSES.
3) Le 26 mars 1962.
Sur ce sujet, il n y a pas de décrochage par rapport à l’Histoire. Pas de chiffres extravagants non plus. Ceci est dû à la pondération et à la maturité des deux dirigeants qui s’occupent de la commémoration. La nécessité de la rigueur ne leur a pas échappé.
Je regrette seulement que ne soient pas davantage diffusés les importants éléments de l’enquête que mena, en son temps feue Francine Dessaigne. Ses contacts avec les officiers généraux qui avaient vécu les événements dans l’entourage d’Ailleret sont très importants sur le plan historique. Les archives qu’elle a consultées, son propre Fonds Dessaigne déposé à Vincennes et ouvert à tous, sont un trésor pour les historiens. Il faut le faire savoir.
Trop des nôtres s’imaginent que la thèse gaulliste sur le 26 mars est absurde et qu’il ne faut pas perdre de temps à la réfuter. ERREUR !
Le pouvoir attend qu’il n’y ait plus de témoins pour produire ses propres documents biaisés, notamment le rapport Garat de la gendarmerie.
Ce dernier repose en particulier sur la photo d’une volkswagen criblée de projectiles. Selon les gendarmes, ces impacts prouveraient qu’il y a eu un tir de F.M. venant de la rue Lelluch. Or, nous avons fait faire une contre-expertise balistique par un expert près les tribunaux. Elle ne valide absolument pas la thèse Garat. IL FAUDRAIT EN PARLER LARGEMENT.
Ne faisons pas de la contre-propagande, faisons de l’HISTOIRE !!!!

JEAN MONNERET

14 mars 2013

 

Guerre d'Algérie : la vérité sur le nombre de disparus

L'histoire cachée des disparus

Les disparus en Algérie

INFORMATIONS DE 13 HEURES SUR ANTENNE 2 LE 20 MAI 2010

On parle du film de Bouchareb « hors la loi » .
La journaliste signale qu’une polémique marque la sortie de ce film dont sont aussitôt projetés quelques très courts extraits. Elle ajoute: nous aurons l’avis d’un historien.
Arrive l’historien. Colossale surprise: il s’agit de B. Stora, celui que l’ on devrait surnommer big-brother. Puisqu’il y a polémique, on devrait lui opposer quelqu’un d’un avis différent. Pas à antenne 2 dont les journalistes ont du être formés dans la république du Belarus. Le vis a vis de Stora n’est autre que M. Harbi qui pense comme lui. C’est mieux ainsi . Pendant trois minutes le téléspectateur a droit a la version FLN des évènements de Sétif.

On lui explique ainsi que les français ont tiré les premiers sur le porteur d’un drapeau nationaliste, que les manifestants ont alors massacré des européens, que l’ armée française est intervenue qu’il y a eu des massacres de musulmans, que d’autres massacres ont eu lieu ensuite perpétrés par des « colons », etc.etc…. Bref la bonne grosse, bien stupide version de la propagande FLN.
Si certains pouvaient penser qu’il y a une façon peu objective de traiter l’information, alors il ne faudrait surtout pas en tenir compte. Seuls des esprits même réactionnaires, osons le mot, pourraient penser cela.
Leur donner la parole? Vous n’y pensez pas!
Ce serait faire leur jeu.
J’allais oublier: il y eu entre 15.000 et 30.000 morts!

Jeudi 2B mai 2010

CHIFFRES

A l’heure où d’intenses débats auront vraisemblablement lieu bientôt à propos du 8 mai 1945, il serait bon d’affuter nos armes.
Une grande partie de notre contre-offensive sera centrée sur l’absurdité des chiffres diffusés par le FLN et ses séides.
Il est évident que les 45000 morts du Constantinois n’ont jamais existé pas plus que le « million de Musulmans » tués pendant la Guerre d’Algerie.
Pour l’insurrection du 8/5/45, car insurrection il y eut, les archives militaires françaises évaluent le nombre des morts musulmans à 2628 tandis qu’un historien « anticolonial » comme C-R Ageron le situe entre 6000 et 8000, à partir il est vrai d’un tract de L’Humanité.

En Histoire, les archives sont capitales et c’est une grave erreur de les mépriser ou de les sous-estimer.
Que ceux qui, du côté FLN, parlent de 45000 morts le prouvent en produisant des documents sérieux!
C’est pourquoi nous nous ferions du tort en sombrant dans la propagande a propos des chiffres; je tiens à attirer l’attention sur un point.
Depuis qq temps circule dans nos milieux le chiffre de 700 militaires français tués ou enlevés aprés le 19 mars. D’autres disent, je ne sais pourquoi 831.
Notre ami le général Faivre s’est livré à une étude rigoureuse. Il relève 260 tués et 113 disparus. Total: 373.
C’est en ajoutant le chiffre des blessés 372 que l’on arrive à 745 victimes.
Chacun comprendra néanmoins qu’il ne serait pas honnête de faire passer ce chiffre pour celui de gens tués.
Cette habitude de confondre l’appellation de victimes et celle de morts est le propre des désinformateurs: communistes, FLN, islamistes et tutti quanti.
Gardons nous soigneusement de ce travers.
Imiter les méthodes stupides et grossières de la propagande boutéflikeste serait une erreur qui reproduirait le célèbre schéma de la « rivalité mimétique » cher au philosophe René Girard. A éviter.
JEAN MONNERET
9 avril 2010

Le difficile bilan des massacres du 5 Juillet 1962

Il est tragique que sur certains sujets graves, n’importe qui aujourd’hui puisse prendre la parole pour dire n’importe quoi. Une récente déclaration d’un ministre à propos de la Guerre d’Algérie, illustre ce point. Mais si les média français sont tenus d’une main de fer par la caste politique et filtrent tout ce qui n’est pas conforme, une multitude de forums, de blogs, sur internet et ailleurs voit proliférer le meilleur comme le pire.
L’affaire du 5 juillet 1962 à Oran, après avoir été tenue sous le boisseau pendant des décennies, est aujourd’hui noyée sous un flot de déclarations, d’assertions, de témoignages de toute provenance et de tout calibre.
Le travail historique basé sur les témoignages et sur les archives a beaucoup de mal à se frayer un chemin entre le politiquement correct chéri du pouvoir et le déballage électronique auquel se livrent différentes personnes d’inspirations diverses et variées. Essayons d’y voir clair !
Depuis que le 8/9 juillet 1962 le correspondant du Monde reprit, sans réserve, le « bilan » de la terrible journée du 5, tel qu’il fut dressé par le FLN, nous vivons un psychodrame parfaitement surréaliste.
Le célèbre « journal du soir » reprit en effet les chiffres donnés par le docteur Naït, militant FLN alors responsable de l’hôpital d’Oran : 101 morts dont 76 musulmans et 25 européens. Depuis, des douzaines de journalistes et « d’historiens » nous ont resservi ces chiffres comme s’ils correspondaient à une quelconque réalité : Parmi eux l’ineffable Stora.
Naturellement, des pieds-noirs oranais et autres, outragés et indignés par un bilan aussi évidemment faux et réducteur ont réagi. Les témoignages sur le massacre se sont multipliés, l’ampleur des exactions a fait l’objet de dénonciations sévères et indignées dans ces milieux. Hélas ! Déplacer le curseur à l’extrême bout du cadran, et en sens rigoureusement inverse, n’a pas de justification non plus.
Une bonne occasion de ne pas faire de propagande ou de contre-propagande pour s’en tenir aux faits et aux réalités fut ainsi perdue, durant les trois décennies écoulées.
Aujourd’hui, les choses sont devenues telles que le petit nombre de ceux qui ont travaillé sur le sujet, qui ont étudié le déroulement des faits en s’efforçant d’établir un bilan sérieux sont franchement isolés. Leur bilan parait singulièrement modéré, voir « trop modéré » aux yeux de quelques uns. Entre le tsunami des chiffres extravagants d’un côté, et la minimisation outrancière à laquelle se livrent les amis du gaullisme et du FLN, la vérité peine à se frayer un chemin.
Certains ayatollahs pieds-noirs se réservent en effet de stigmatiser, voir de censurer les bilans qui ne leur plaisent pas, parce qu’à leur yeux ils sont trop faibles. Ils ne se gênent pas, pour certains, pour ajouter un zéro à divers chiffres. Ils ne comprennent pas que, ce faisant, ils rendent le meilleur des services à tous les adversaires de notre communauté, en discréditant ses revendications les plus essentielles.
Lorsque dans mon livre « La tragédie dissimulée » paru aux éditions Michalon en 2006, page 150 et 151, j’indiquai, qu’à s’en tenir aux archives militaires et aux archives du Quai d’Orsay, le bilan du 5 juillet se situait entre 365 et 453, j’ai rencontré beaucoup d’incompréhension dans notre milieu qui s’était auto-intoxiqué pendant des années.
Bien sûr, je ne faisais que montrer ce que ces archives indiquaient. Je laissais entendre que le bilan était sans doute plus lourd. Je faisais aussi clairement savoir que plus lourd ne signifiait pas 10 fois plus lourd. J’appelais discrètement à l’esprit de responsabilité.

C’est peu de dire que je ne fus pas entendu.
Je me contenterai ici de reprendre quelques idées destinées à guider les recherches et les évaluations.
1) Il n’existe pas d’archives fiables à 100% sur les morts et les disparus du 5 juillet 1962. Celles qui existent ne sauraient pour autant être négligées.
Le fond du problème est qu’en période de désordres révolutionnaires, les statistiques comme les bilans ne peuvent avoir la précision qu’ils ont en temps de paix.
2) Ceci n’autorise pas à lancer n’importe quel chiffre, de préférence élevé, dans l’idée fort naïve qu’il impressionnera. C’est l’inverse qui est vrai. Pour ceux qui nient le malheur et les épreuves des pieds-noirs, -ils sont nombreux, bien organisés et influents -, c’est du pain bénit. Les exagérations, courantes dans nos milieux, ôtent toute crédibilité à nos légitimes revendications et à la mise en cause des responsables de l’époque.
3) Depuis trente ans, j’ai observé un phénomène curieux : J’ai vu régulièrement augmenter les chiffres allégués des victimes du 5 juillet 1962.Jusqu’à décupler.
Il est temps de revenir au bon sens.
Je vais essayer d’y contribuer.
Pour cela, un petit retour en arrière est nécessaire.
Un des hommes les mieux informés sur le 5 juillet était le docteur Couniot. Non seulement, il était à Oran ce jour là, mais en outre, il demeura dans cette ville quelques années après l’Indépendance. Il mit ce temps à profit pour en savoir plus sur le déroulement et les causes de cette funeste journée. Chez lui, pas de chiffres extravagants, pas d’explications complotardes fumeuses. Or, ses contacts étaient nombreux tant chez les européens que chez les musulmans indépendantistes.
Ce médecin qui était en outre une personnalité locale respectée fut la première personne que j’interrogeai en commençant mes recherches. Il évaluait les victimes, morts et disparus à 600. Mgr Boz, également présent à l’époque à Oran, confirme avoir remarqué un certain consensus sur cette évaluation.
Le docteur Alquié avait pris l’initiative dans les jours qui suivirent le massacre d’ouvrir une permanence pour recueillir plaintes et dossiers. Il se vit remettre quelque 500 demandes. Il est vrai que ces demandes concernaient parfois plusieurs personnes. Il est vrai aussi que certaines furent libérées ou retrouvées.
Au total, le chiffre de 500 paraissait vraisemblable.
Le consul général Jean Herly se rendit auprès de Ben Bella, le 28 juillet 192, pour l’informer de l’ampleur des exactions et demander qu’on recherche les disparus. Herly avait été saisi de 448 plaintes. Une même plainte pouvant concerner plusieurs personnes, mais toutes ne concernaient pas des enlèvements. Les plaintes relatives à des biens spoliés ou à des voitures volées en faisaient partie.
D’autres plaintes furent ensuite déposées en France. Le bilan fut donc bien entendu alourdi mais peu en définitive. Au MAE, les fiches de personnes disparues à Oran le 5 sont au nombre de 417. Madame Ducos-Ader dans sa propre liste provenant entre autres des associations comme l’ASFED ou l’ADDFA en dénombre 412. A l’heure où nous écrivons ces lignes, 287 personnes victimes du 5 juillet seraient inscrites sur le mur des Disparus de Perpignan.
Au total, il apparaît raisonnable, toutes évaluations confondues, d’avancer que l’ordre de grandeur des victimes du 5 juillet 1962 à Oran, se situe dans une fourchette allant de 400 à 600.
4) Tous les chiffres précédents montrent, au risque d’en contrarier certains, que les victimes du 5 juillet se comptent par centaines et non par milliers. Telle est la vérité, dure à avaler pour ceux qui se laissent bercer par la propagande, mais vérité tout de même.
5) Or dès les années 80, ce chiffre commença à être gonflé. On affirma dans nos rangs qu’il tournait autour du millier.
A partir de 1994 j’entendis parler couramment de 3.000 morts.
Récemment, à la manifestation de Valence, quelques porteurs de pancartes ne craignaient pas d’afficher 5.000 morts pour le 5 juillet.
Encore quelques années et nous en serons à 10.000.
Il est temps d’arrêter cette fâcheuse spirale. il faut raison garder. N’imitons pas le FLN. Concernant la désinformation exercée par cette organisation à propos du 8 mai 1945 et des milliers de victimes alléguées parmi les insurgés, j’ai toujours dit, et d’autres historiens avec moi, que « la répétition inlassable de chiffres infondés n’en réduit pas l’inexactitude ».
Cela vaut pour tous les bilans de toutes les victimes, dans toutes les communautés, à toutes les époques du conflit en Algérie.
Cette position est malaisée à tenir car souvent incomprise. Elle n’en est pas moins la seule compatible avec l’honnêteté intellectuelle.

Sétif – Le Mythe des 45 000 Musulmans Victimes de la Répression. Général Henry MARTIN.

Sétif – Le Mythe des 45 000 Musulmans Victimes de la Répression.
En mai 1945,le général de Corps d’Armée Henry Martin est à la tête du 19 ème C.A et coiffe l’ensemble des forces armées françaises en Algerie. A cette date il est donc le plus haut responsable militaire du territoire algérien. A ce titre, il a tenu à répondre à certaines accusations portées dans divers journaux de son vivant. Il répond ici à un article paru dans l’Aurore en octobre 1967 et mettant en cause son subordonné le général Duval commandant le CA de Constantine. Son argumentation sobre et percutante n’a rien perdu de sa valeur aujourd’hui.

Jean Monneret

Un mythe consiste à grossir démesurément un fait réel ou un noyau de faits réels – à l’enrichir de détails propres à encourager la fraternité ou à exciter les haines. Comme la langue d’Esope c’est la meilleure ou la pire des choses.
Le mythe des représailles massives qui, en 1945, autour de Sétif et de Guelma, auraient été exercées par des colons ou des fonctionnaires survivants (après le massacre initial d’une centaine d’Européens) ainsi que par les troupes chargées de rétablir l’ordre a été soigneusement entretenu par les partisans de l’indépendance algérienne. Il a développé, chez les musulmans d’Algérie, surtout parme les jeunes un désir de vengeance.
Et, en 1954, les « fils de la Toussaint », comme les appela Yves Courrière y trouvèrent un bon motif pour abattre, à Khenchela et dans l’Aurès, sans aucune provocation, un officier, un caïd et un jeune ménage d’instituteurs.
A la base de ce mythe, précisons les faits de 1945: 8 mai 1945. A Sétif et dans un rayon de cent kilomètres explosion d’une sorte de guerre sainte aux cris de Djihad !
Attaque des Européens rencontrés non seulement dans les rues de Sétif mais sur les routes, dans les villages, les fermes isolées, les maisons forestières.
Dès le lendemain extension du soulèvement autour de Guelma.
Le gouverneur général, Yves Chataigneau, responsable de la sécurité intérieure et extérieure de l’Algérie requiert l’intervention des forces armées de terre de mer et de l’air dans le cadre du plan établi en 1941 pour le cas de troubles, par le général Catroux ministre délégué pour l’Afrique du Nord. Dans la zone insurgée, il rend les pouvoirs de l’état de siège à l’armée qui en avait été dessaisie en 1944.
Affrontements armés entre les troupes et les insurgés au cours des opérations de dégagement tant des agglomérations comme Guelma que des villages comme Chevreul et Kherrata, des fermes des maisons forestières (notamment des Babors). Les troupes étant essentiellement. musulmanes (tirailleurs, spahis goumiers), aucun motif raciste dans ce rétablissement de l’ordre ne dans les recherches des meneurs qui a suivi.
Quelques réactions regrettables de la part d’Européens bouleversés en retrouvant autour de Guelma des parents et des amis sauvagement éventrés.
Ce furent des cas isolés non des représailles massivement organisées.
Mais pour soutenir, de l’extérieur le soulèvement, les « Frères musulmans » lancent sur les ondes de la radio du Caire, la fable de 45 000 musulmans systématiquement massacrés dans le Constantinois, procédé de guerre psychologique propre à donner mauvaise conscience am Français non musulmans d’Algérie, comme à ceux de la métropole.
Le ministre de l’intérieur du gouvernement provisoire, Tixier vient personnellement enquêter en Algérie. Le gouverneur général Yves Chataigneau fait comparer le nombre des cartes d’alimentation présentées après les événements avec le nombre des cartes distribuées auparavant. On aboutit à une différence d’environ un millier calcul assurément approximatif mais qui donne un ordre de grandeur bien éloigné des 35 000 musulmans prétendument massacrés, chiffres lancé par la radio du Caire.
Cependant l’escalade se poursuit dans la radio, dans la presse, dans les livres; on parle de 45 000 et jusqu’à 60 000 !… Le mythe était lancé !
Or les affrontements ont duré deux semaines. Pendant les huit mois que le corps expéditionnaire français du futur maréchal Juin a combattu en Italie, face aux mitrailleuses, aux obus, aux chars, aux bombardiers nazis il a perdu seulement 1300 des siens. Comment, en quelques jours, dans le Constantinois eut-il été possible même à des massacreurs systématiques d’abattre des dizaines de milliers de musulmans ?
Affirmer, répéter, c’est la méthode efficace des publicitaires ou des propagandistes. C’est ainsi que l’on crée les mythes. Et ils ont la vie dure!
Faut-il, comme beaucoup d’historiens de seconde main les accepter passivement ? Ne faut-il pas chercher sans cesse la vérité ou, tout au moins, s’en approcher ?
Je reste reconnaissant à la mémoire du général Duval qui, alors à la tête de la division de Constantine, a su rétablir l’ordre avec rapidité et un souci constant d’amitié pour la masse musulmane.
A la fin des « événements », Il a bien mérité d’être invité à la mosquée de Constantine, au milieu des croyants coraniques pour remercier avec eux le Tout-puissant d’avoir rendu la paix… au moins provisoirement.
Général Henry MARTIN,
commandant le 19ème corps en Algérie (1944-1946)
Général MARTIN HENRY, JULES, JEAN, MAURICE.
Le général HENRY MARTIN est né à Bordeaux le 27 octobre 1888. Engagé volontaire pour trois ans, le 5 octobre 1907, au 42e régiment d’infanterie, il est nommé sous-lieutenant de réserve le 1er avril 1909 et renvoyé dans ses foyers. Nommé lieutenant de réserve le 1er avril 1913, il se destinait à prendre la direction d’une maison d’optique jurassienne fondée par son grand-père. Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le rappelle à l’activité au 133e R.I.
Capitaine à titre définitif le 20 septembre 1915, chevalier de la Légion d’honneur le 13 juillet 1915, affecté au 363e R.I., chef de bataillon à titre temporaire le 5 septembre 1917, il se bat successivement en Alsace, dans les Vosges, en Champagne, au Chemin des Dames, sur l’Aisne et dans l’Oise. Il est blessé et fait prisonnier le 6 avril 1918.
Après l’armistice du 11 novembre 1918, le commandant MARTIN est affecté au 106e R.I. à Châlons-sur-Marne. Stagiaire à l’Ecole supérieure de guerre de 1920 à 1922, il est affecté à l’état-major de l’armée de 1922 à 1926. Chef de bataillon à titre définitif le 25 septembre 1927, professeur à L’Ecole supérieure de guerre de 1926 à 1931. Il est nommé chef d’état-major des confins algéro-marocains à Bou-Denib de 1931 à 1933. Promu lieutenant-colonel le 25 juin 1932. Sous-chef puis chef du Deuxième bureau de l’état-major de l’armée de 1933 à 1935. Chef de corps du 80e régiment d’infanterie à Metz de 1935 à 1937, il est promu colonel le 24 juin 1936. Auditeur au centre des hautes études militaires de 1937 à 1938, chef d’état-major de la 9e région militaire à Tours de 1938 à 1939, il part en campagne avec le 9e corps d’armée en septembre 1939.
Il prend le commandement de la 87e division nord-africaine en avril 1940, avec laquelle il soutiendra les durs combats de mai-juin 1940, de l’Ailette à la Loire. Promu général de brigade le 1er juin 1940, il est nommé en septembre 1940, commandant de la division et de la région de Marrakech. Il s’attache particulièrement à l’entrainement de sa division dans la perspective de la reprise des combats. Promu général de division le 20 mai 1942, il est chargé après le débarquement allié en Afrique du Nord de novembre 1942, de la mise sur pied de la 4e division marocaine de montagne. Nommé général de corps d’année le 25 août 1943, il prend le commandement du 1er corps d’armée du corps expéditionnaire français (C.E.F.) et à ce titre dirige les opérations de libération de la Corse contre un ennemi dix fois supérieur en nombre (septembre 1943). En décembre 1943, il est nommé commandant allié des forces terrestres en Corse. Dirigé sur l’Italie, le 15 juillet 1944, le général HENRY MARTIN est nommé commandant du 19e corps d’année à Alger le 30 août 1944 et chargé d’assurer la coordination de l’emploi des forces terrestres pour la sécurité intérieure et extérieure de l’Afrique du Nord. Le recevant avant sa prise de fonction, le général DE GAULLE, président du Gouvernement provisoire, qui allait quitter Alger pour la France avec les membres du gouvernement lui précise « qu’il s’agit de ne pas laisser glisser l’Afrique du Nord des mains de la France pendant que les armées françaises et alliées libéreraient la métropole ». Dans ces importantes fonctions, le général HENRY MARTIN doit faire face à l’insurrection de Sétif et de Guelma du 8 mai 1945 et ramène le calme dans les zones insurgées. Il est l’auteur d’un important rapport sur les événements de mars-juin 1945 en Algérie.
Admis en 2e section du cadre des officiers généraux le 1er décembre 1946, titulaire de treize citations dont sept à l’ordre de l’armée, six fois blessé, le général de corps d’armée HENRY MARTIN est élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur le 27 septembre 1946. Il meurt à Limoges le 24 juin 1984.

La Nouvelle Revue d’Histoire (mai juin 2008) : Les événements du 8 mai 1945 en Algérie et leur exploitation.

L’insurrection du 8 mai 1945 en Algérie par Jean Monneret

Le jour où l’Allemagne capitulait et où la victoire des Alliés était annoncée, une insurrection nationaliste éclatait dans le Constantinois. Les événements du 8 mai 1945 font l’objet d’une vaste campagne d’agit-prop de l’état algérien qui s’efforce, d’obtenir une « repentance » de la France. Il stigmatise l’action des Français, militaires et civils, à cette époque. Sous Jacques Chirac, l’ambassadeur de France en Algérie, a déclaré que la répression menée jadis fut « inexcusable ». Qu’en est-il ?
Le 8 mai 1945, survint en Algérie, dans une atmosphère de crise, crise alimentaire d’abord, puisque les différentes récoltes de blé engrangées durant les années de guerre étaient en baisse (10 millions de quintaux en 1944 contre 20 millions en 1941). Pour une population indigène massivement rurale et en pleine explosion démographique, ceci se traduisait en maints endroits par une quasi-famine. Cependant les zones de Sétif et de Guelma où eurent lieu les principaux troubles, n’étaient pas touchées par la disette. Le nationalisme algérien prospérait. Les partisans de Ferhat Abbas adhérant aux AML (Amis du Manifeste et de la Liberté) et ceux de Messali regroupés dans le PPA (Parti du Peuple Algérien) clandestin, avaient le vent en poupe. Précisons que des militants clandestins du PPA noyautaient les AML.
La situation politique à l’issue de la Guerre Mondiale était particulière, tant en France et en Algérie, que dans le monde. La victoire sur l’Allemagne avait donné à l’URSS un prestige considérable. Les Etats-Unis présents en Afrique du Nord durant le conflit, bénéficiaient d’une popularité sans précédent. Or, ces deux superpuissances étaient hostiles à la colonisation qu’elles jugeaient anachronique, voire criminelle. L’affaiblissement de l’Empire britannique, l’apparition d’une Fédération des Etats Arabes (appelée plus tard Ligue Arabe) semblaient imposer de nouveaux rapports avec les territoires colonisés.
La France, affaiblie par sa défaite de 1940, et aussi, par les comparaisons peu flatteuses que les indigènes musulmans pouvaient faire avec les armées américaines, avait connu un regain de prestige grâce à l’action de l’Armée d’Afrique. Les campagnes de Tunisie, puis d’Italie et de Provence, avaient permis à notre pays de conserver son statut international et de s’asseoir à la table des vainqueurs. La France avait pu, presque miraculeusement, maintenir ses positions.

Ajoutons à ce tableau un trait caractéristique : la montée des syndicats et des partis de gauche. Parmi eux, le parti communiste algérien jouait un rôle très particulier. Il bénéficiait du prestige de l’URSS, et de son tuteur, le PCF qui se présentait alors comme un grand parti résistant. Il tirait aussi avantage du mécontentement des couches urbaines ; y compris parmi les Européens. Le PCA obtenait alors, dans certains quartiers d’Alger et d’Oran, entre 23 et 25 % des suffrages. Oran aura, à un moment, un maire communiste et, l’Oranie des députés, comme Mme Sportisse ou M. Justrabo.
Si le PCA était anticolonialiste, il était également partisan de l’Union Française. L’Union Française était le nom que la France donnait désormais à son Empire. Ce changement sémantique laissait prévoir, des évolutions importantes. Mais, pour compliquer la donne, l’URSS ménageait la France gaulliste, dont elle espérait qu’elle se détacherait des Américains en Europe. Elle mit donc, une sourdine à son anticolonialisme envers notre pays. Le PCA, comme le PCF, alignés inconditionnellement sur Moscou, défendaient l’Union Française, tout en précisant, qu’ils étaient pour une Union « véritable », « appuyée sur les peuples ». Le PCA se livrait à ses habituelles campagnes de presse contre l’Administration, le grand colonat et les pétainistes.
Néanmoins, les nationalistes algériens avec lesquels il était en conflit, depuis longtemps restaient les adversaires principaux. Les communistes algériens affectaient de voir en eux, des « agents provocateurs » et des « hitlériens ».
En maintes localités, les militants communistes, ceux des AML et ceux du PPA revendiquaient ensemble. Parfois même, ils appartenaient aux organisations les uns des autres.
Ailleurs, les communistes étaient hostiles aux nationalistes que dans leur logique stalinienne, ils soupçonnaient d’être, à la solde des fascistes ou des nationaux-socialistes. Au moment des troubles du 8 mai 1945, on verra des nationalistes réclamer la liberté de leur chef Messali, avec des placards où on lisait : A bas le parti communiste. Il y avait, à cette époque, des communistes au gouvernement français. On les verra soutenir, sans états d’âme, toutes les mesures prises pour ramener l’ordre en Algérie.
Il y a deux façons de voir les événements du 8 mai 1945. La première est d’attribuer les troubles à l’exaspération des masses algériennes et au caractère répressif du « régime colonial ». Ce point de vue est répandu en Algérie par la propagande du FLN. Il a trouvé un prolongement sur certaines télévisions françaises. On y a vu différents « documentaires » reprendre benoîtement l’argumentation des nationalistes algériens et stigmatiser les « colons » et l’Administration française. Ce point de vue se retrouve, grosso modo chez Jean-Louis Planche (1) qui lui a donné un habillage universitaire.
Selon lui, à Sétif rien ne laissait prévoir des troubles. Les manifestants n’étaient pas violents et la police leur tira dessus parce qu’ils exhibaient un emblème nationaliste. Les participants au défilé pris de panique, s’attaquèrent au passage à des passants européens. Parmi les victimes, on relèvera le maire socialiste Edouard Deluca et le secrétaire de la section locale du parti communiste, qui aura les deux avant-bras sectionnés.
Au total, 21 Européens furent tués à Sétif, ce jour-là. Selon Planche, l’effervescence s’étendit ensuite dans la région, les indigènes s’armant pour « résister » à d’éventuelles représailles des « colons » européens. Les troubles gagneront diverses localités entre Sétif et la mer : El Ouricia, Périgotville, Chevreul (où 6 femmes furent violées et 9 hommes assassinés), Sillègues, Les Amouchas, Kherrata, etc. Des vols de l’aviation française eurent lieu. Le croiseur Duguay-Trouin bombarda les zones côtières.
La zone de Guelma fut un autre point chaud des troubles du Constantinois. Planche estime difficile de savoir ce qui s’est passé car les témoins algériens sont morts. Il néglige les documents d’archives français. Fort heureusement l’excellent livre de R. Vétillard clarifie bien des choses (2). Selon Planche, l’escorte du sous-préfet Achiary aurait ouvert le feu sur les manifestants. Le tout aurait engendré des troubles majeurs, s’étendant en dehors de Guelma, vers Héliopolis, Millésimo, Petit, Hammam-Meskoutine, Lapaine, Bordj-Gaffar, Sédrata et autres. Selon Vétillard, les exactions résultaient sûrement d’un plan concerté. Le sous-préfet Achiary, personnalité très en vue de la Résistance, membre en 1942 du Comité des 5, favorisant le débarquement allié en Afrique du Nord, fit preuve de détermination. Mobilisant des tirailleurs algériens, et des autodéfenses civiles, il déclencha une vigoureuse répression.
De formation socialiste, Achiary exclut des volontaires, les suspects de pétainisme. Un représentant des syndicats et un de la SFIO figuraient dans le comité directeur. Le rétablissement de l’ordre (3) fut donc l’oeuvre d’hommes de gauche.
Des chiffres, peu crédibles, circulent. Un diplomate américain aurait estimé à 30 000 l’ensemble des victimes réunies de Sétif à Guelma. Depuis près de 50 ans, le FLN désormais au pouvoir en Algérie, a porté ce chiffre à 45 000. La Fédération des Etats Arabes, pour sa part, évoqua à l’époque 80 000 victimes. El Moujahid, organe du FLN, reprit, le 8 mai 1985, ce chiffre qu’aucun historien ne cautionne, ni d’ailleurs les précédents. Planche tient pour vraisemblable celui de 30 000. Sa justification paraît toutefois des plus ténue.
La seconde façon de voir le 8 mai 1945 est celle des autorités de l’époque, appuyée par les Archives du Service Historique. L’historien C.R. Ageron (4) en expose une version assez voisine. On ne saurait le taxer de parti-pris car il est défavorable à la colonisation. Ceci rend son analyse plus crédible. Elle s’éloigne de la propagande algérienne.
Les autorités françaises soupçonnaient le PPA de vouloir organiser une insurrection générale en Algérie. L’ouverture de la Conférence de San Francisco le 25 avril 1945, qui adopta la Charte des Nations Unies était attendue des nationalistes algériens. Beaucoup espéraient qu’elle appellerait à la décolonisation. Les responsables du PPA ont-ils alors imaginé d’organiser un soulèvement pour obtenir une représentativité internationale ? Les services de renseignement français, le laissaient entendre. Le déclenchement devait se produire le jour de la célébration de la victoire (5).
Selon Ageron (op.cit. p. 572), le mot d’ordre aurait été annulé in extremis. Un émissaire, l’aurait maintenu pour Sétif. Ce dernier point n’est pas confirmé par les Archives. Il y régnait un climat insurrectionnel. Pour le 8 mai 1945, à l’échelle de l’Algérie, le PPA avait ordonné à ses militants, toujours selon Ageron (p. 572), « de s’armer et de riposter en cas de heurts avec la police ». Il est vraisemblable, que l’effervescence cristallisa à Sétif, fief de Ferhat Abbas, figure de proue des AML. Celui-ci, ainsi que Chawki Mostefaï, venait d’y faire des conférences enflammées. Il avait amplifié, une surexcitation certaine à cet endroit.
Les archives françaises affirment qu’on a d’abord tiré du côté des manifestants. Naturellement, les nationalistes affirment, que la police française tira la première. Il demeure incontestable que Sétif connut le 8 mai une émeute sanglante. Il est prouvé qu’à partir de là, des émissaires se rendirent dans les localités situées entre Sétif et la mer, pour y annoncer l’insurrection en appelant à la guerre sainte. Présenter ce second soulèvement, comme une réaction d’autodéfense des ruraux musulmans, est peu convaincant (6).
A Guelma, les autorités en conclurent qu’elles avaient affaire à un soulèvement organisé ; ce contre quoi différents courriers de la Préfecture de police avaient mis en garde.
Le 9 mai, au lieu-dit, Aïn-Defla, des indigènes armés de fusils de guerre et de fusils de chasse, affrontèrent les gendarmes. L’aviation bombarda des insurgés près de Millésimo et de Petit. Aux alentours de Guelma, la fusillade retentit toute la nuit. Ceux qui ont vécu ces événements ne doutent pas qu’ils ont assisté à un soulèvement organisé des autochtones. Les nouvelles qui leur parvinrent les jours suivants : assassinats d’Européens à Petit et à Villars, menaces contre ceux de Bled-Gaffar et d’Héliopolis n’étaient pas de nature à les rassurer. Dans ce contexte, la répression fut d’autant plus vive qu’elle échappait en partie, aux militaires. Les bilans brandis en Algérie par les nationalistes, repris en France, demeurent pourtant peu crédibles. R. Vétillard en fait la démonstration serrée.
Une véritable bataille de chiffres en effet accompagne l’évocation de ces événements. Aux 45 000 morts revendiqués par le FLN s’opposent les 2 628 officiellement décomptés par le commandement militaire (SHD op.cit. p. 410). Un tract du 20 mai, publié dans la presse communiste faisait état de 6 à 8 000 tués. C.R. Ageron évoque quelque 5 à 6 000 morts. Les décomptes qui ne sont pas appuyés sur des archives ou des statistiques précises, peuvent difficilement être retenus. Le subjectivisme, les partis-pris se donnent libre cours pour alimenter les propagandes les plus inflationnistes. La répétition inlassable de nombres fantaisistes n’en supprime pas l’invraisemblance.
Sur cet épisode du 8 mai 1945, notre conclusion sera proche de celle d’Ageron (op.cit. p. 578). Il s’est agi, d’une insurrection locale dont le caractère limité est dû à l’impréparation démontrée par l’action des chefs nationalistes. Mohammed Harbi dans son livre Aux origines du FLN (7) semble le confirmer.

Jean Monneret

1 - L'insurrection du 8 mai 1945 en Algérie

2 - L'insurrection du 8 mai 1945, en Algérie

3 - L'insurrection du 8 mai 1945, en Algérie

Notes :

  1.  J.L. Planche. Sétif 1945. Un massacre annoncé. Perrin 2006.
  2. R. Vétillard. Sétif mai 1945. Massacres en Algérie. Ed. de Paris 2008.
  3. Adrien Texier, Ministre de l’Intérieur donne devant l’Assemblée Consulaire, la liste des membres du Comité Directeur. Les représentants des syndicats, de la SFIO et des Anciens Combattants y figurent. M. Villard. Les massacres du 8 mai 1945. Amicale des Hts Plateaux de Sétif. p. 355.
  4.  C.R. Ageron. Histoire de l’Algérie Contemporaine. op.cit. p. 587. « Un gouvernement algérien devait être proclamé et la ferme de Maïza, près de Sétif, lui servir de siège ».
  5. SHD. La guerre d’Algérie par les textes op.cit. p. 73. Incidents prémonitoires et p. 166 ainsi que CRAMM du 29-1-45 n°27. CRAMM du 15-4-45 n°35, cité par le général Duval p. 233 et p. 368 CR n°15.
  6. Deux historiens algériens Harbi et Kaddache estiment que le PPA avait joué avec le feu en prêchant la révolte aux masses paysannes enfiévrées. Voir respectivement Aux origines du FLN. Ed. Bourgois et Histoire du nationalisme algérien. SNED.
  7. Ed. c. Bourgois. 1975. p. 178, note 68.